Crèvebatard

2 septembre 2010

Sur le départ

Classé dans : Non classé — echo @ 16:20

16h30 la sonnerie de mon ancienne école maternelle qu’un jardin sépare de la maison des parents. Un ridicule petit jardin par lequel je n’avais pas le droit de passer il fallait faire le tour par la rue grrrouii ! 16h30 c’est la fin de la première journée de classe en ce Grand Jour de Rentrée Scolaire en France Olala ! 16h30 c’est la fin des cris, des chants et des pleurs qui nous parviennent par la fenêtre. 16h30 c’est l’heure du goûter et j’ai bouclé mon sac. J’ai tout : l’écharpe blanche, l’appareil photo, le revolver en plastique, les bijoux incongrus, le rouge à lèvres, le badge à mon nom et les talons hauts nouveaux dont je pressens qu’on va se moquer. J’ai des projets de film et de photos. Et puis accessoirement mon mémoire et quelques cours pour préparer la soutenance.

C’est enfin le mois de septembre, c’est enfin la veille du départ pour Lille. Lille où je vais enfin retrouver toutes celles qui m’ont tant manqué. Et puis Paris, Paris qui survit, qui guérit, et tous ces amis à rejoindre. Enfin ce départ dans ces deux villes où j’ai grandit autrement qu’ici. Et tous ces gens qui les habitent encore et qui m’habitent toujours. Il y a ceux que c’est comme si je ne les avais jamais quittés et que je retrouve régulièrement. Il y a celles que je n’avais jamais quitté aussi longtemps et que je brûle de revoir. Il y a celle que j’aimerais tant arriver enfin à retrouver, peut-être cette fois-ci sera la bonne, si elle veut bien. Il y a celle dont je redoute l’absence, soupçon violent et douloureux que je ne peux pas me résoudre à vérifier. A part la soutenance à soutenir et la “What’s gouine on” à filmer je n’ai quasiment rien prévu. C’est grisant et très angoissant, toutes ces journées dans ces villes qui ne sont plus les miennes, mais où je me suis toujours mieux sentie qu’ici. Au dernier moment, je glisse des CV dans le sac. Il serait temps de songer à l’avenir.

Bouclé le sac, avec presque pas le livres, contrairement à mes autres configurations de cet été interminable.

Nouveauté, j’emporte un sac à main, je vais à la ville. La Ville. Du coup, je l’ai vidé et re-rempli, le sac à main. Des retrouvailles inattendues, au fond. Un paquet d’allumettes éventré et renversé du Coming Out où on chantait très faux et très fort des vieilles chansons d’amour. Des tickets de métro parisien tarif réduit hi hi la ruse du siècle, oui depuis que je n’ai plus le césame Imagin’R tout est bon pour frauder à moitié (frauder pour de vrai n’est pas bon pour mon pauvre cœur). Des tickets de tram bordelais jamais totalement utilisés. Un petit carton avec mon prénom tenu par une pince à linge miniature souvenir du Pacs. La craie qu’on avait utilisée pour écrire “Sab t’es moche” sur les tableaux des amphis vides de la fac de sciences à Lille, j’avais préféré ne pas laisser traîner l’arme du crime. Et puis un bout de planchette en bois que les artistes du meilleur spectacle du siècle avaient réduites en bouillie dans leur numéro de Kung Fu virant au grand n’importe quoi. Des débris rescapés avaient giclé jusqu’à nous. Hop, récupérés. C’est chouette un sac à main et toutes les surprises qu’il contient. Mieux qu’un album photo. Là il n’y a plus que le nécessaire dedans. Au retour, je vous raconte les nouveaux trophées.

2 août 2010

Ecrivains sur le terrain, entre cible et réception

Classé dans : Non classé — echo @ 16:16

Il y a peu d’auteurs qui provoquent des réactions chez moi. Je suis quelqu’un d’extrêmement nuancée, dotée d’une patience quasiment sans limite (quoique, les limites ont l’air de se resserrer avec le temps). Comme si une éventuelle réaction venant de moi était non avenue, nulle, sans valeur.

Ah, la valeur des choses, des gens, des réactions. Et des opinions, n’en parlons même pas. Humilité, Exigence. Éternelle ambivalence.

Comme si je n’avais pas le droit, je n’étais pas “légitimée” à avoir et surtout à exprimer une idée, une pensée qui n’est pas appuyée, qui n’est que de moi, de l’ordre de l’intuition peut-être, et mon Dieu, l’intuition on sait bien à quel point c’est dangereux. Ça semble inconcevable ce genre de réaction à une lecture mais pourtant, non seulement ça arrive de plus en plus, mais encore ça me conforte dans cette sorte de certitude un peu floue (non je n’emploie pas ce mot pour rien avec toute l’angoisse qu’il colporte, ni ce verbe qui est totalement assimilé dans ma vision des mots des termes de l’écriture au cloporte) que quelque-chose en moi est lié indéniablement à la littérature, à l’écriture. Mais si peu d’auteurs provoquent quoi que ce soit chez moi, alors par contre lorsque c’est le cas c’est pour de bon et ça ne s’en va pas. Agacement violent tournant vers l’énervement qui me force à en parler, à écrire dessus, ou émotion pure étincelante qui fait jaillir les larmes et les clichés. Nancy Huston peut à la fois m’agacer à en hurler et m’émouvoir à un point qu’il m’est difficile de continuer la lecture ça brouille c’est flou lisez Instruments des ténèbres. Guillaume Musso que je me suis décidée à lire dans une optique professionnelle, de carrière.

Il faut l’avouer, même si j’ambitionne plutôt la direction d’une bibliothèque ou je serai donc moins amenée à communiquer avec mon public, mes inscrits, qu’à réfléchir sur eux et pour eux, à quels livres je pourrais bien acheter pour qu’ils les empruntent, il est évident que si je veux agir pour eux et non pour moi, j’achèterais plutôt Musso que Barthes. L’éternel dilemme et conflit des bibliothécaires, la politique d’acquisition pour utiliser leur jargon, si la bibliothèque idéale, exhaustive tendant vers l’utopie d’Alexandrie n’est matériellement pas possible, comment choisir ce qui constituera une bibliothèque convenable ? Convenable pour qui ? D’où l’interrogation que lisent les gens ? Les habitants de la ville où se tient ma bibliothèque ? Que veulent-ils trouver dans une bibliothèque ? Et qu’est-ce que moi, bibliothécaire, j’envisage nécessaire de placer sur les rayons de mon établissement ? Ah tiens, ça ne correspond pas, mais alors pas du tout ! D’où tout ce conflit interminable autour du choix des livres dans une bibliothèque. D’où tous les jours mais pourquoi je me lance dans ce métier ? D’où aussi le peu de bibliothécaires écrivains et leurs dilemmes.

Tout est dans le public. La réception. (Ne vous inquiétez pas je n’oublie pas Musso. Si je maîtrise peu de choses au moins je maîtrise le cours de mes écrits.) Ce que je vais appeler ici la “cible” de l’écrivain. Il m’apparait aujourd’hui qu’un écrivain, dans le sens d’un écrivain digne de ce nom, que je qualifierai de “bon écrivain” (et pourquoi et comment j’y viendrai aussi), écrit pour deux cibles, deux types de lecteurs différents. Le premier est le lecteur “personnel”, c’est à dire une personne connue et que l’auteur consciemment ou non cherche à atteindre. J’y vois dans ce cas une personne aimée, amour ou amant(e), parent, enfant, ou un adversaire… Bref, quelqu’un à qui on ne s’adresse pas directement mais de qui on espère fortement être lu et compris. Le deuxième est le lecteur “éternel”, ou “immortel”. Celui qui lisait Zola, celui qui n’est pas encore né, celui qui n’est jamais mort, celui du Jugement de notre art. Un bibliothécaire a un troisième public, qui est contemporain, plus proche et plus tangible, ceux qui vont emprunter des livres ou ceux qui devraient, qui vont. Deux publics totalement différents à qui il convient de s’adresser différemment. Deux activités incompatibles ? Ou à essayer de bien séparer, délimiter les territoires. Et il me semble qu’un certain genre d’écrivains que je nommerais ici écrivains à visée plus commerciale, s’adresse également à une troisième public. Public contemporain également, public “social”, étudié, que l’on cherche à atteindre en fonction de ce que l’on connait de ses goûts, ses attentes… Un peu comme le public des bibliothécaires, sauf que les bibliothécaires proposent un service, les écrivains cherchent à vendre leurs livres. Mais qui n’écrit pas pour ce public-là ? Comment peut-on se permettre de désigner tel ou tel auteur comme écrivain ou comme “commercial” ? En fonction de quels critères et n’est-ce pas un tantinet présomptueux ?

C’est évidemment le but de toute étude littéraire, le jugement littéraire en tant que jugement esthétique qui mettrait à distance le point de vue subjectif. C’est toute une affaire, et on en est pas sorti. (Déceler l’existence de ce troisième public pourrait aider à se faire une idée, la littérarité par l’étude de la réception, ça se fait. Les deux ou trois publics ciblés ne doivent bien évidemment pas faire oublier les publics effectifs ; du genre pour qui écrit-on, mais par qui est-on lu, à quel point sont-il proches et à quel point le public effectif influence notre choix du public ciblé ?)

Loin des prolifiques enseignements que j’ai eu la chance de recevoir à l’université, c’est en lisant Guillaume Musso, grâce lui en soit rendue, qu’une éventuelle solution vient de se formuler un peu plus clairement que d’habitude. Oui parce que d’habitude je peux soutenir et marteler que tel écrivain fait de la littérature, est donc un artiste, et tel autre pas du tout, mais pour ce qui est d’arguments précis et rigoureux, on repassera. D’où mes difficultés avec ces études, non comment ça, pourquoi objecterait-on un certain manque d’assiduité quelle idée… Donc (oui j’emprunte des chemins un peu tortueux sur ce coup-là mais le lectorat effectif de ce blog n’en sera je l’espère pas trop affecté), la lecture d’un roman de Guillaume Musso m’a prodigieusement agacée, et je me suis demandée pourquoi. L’argument qui me venait était celui de la facilité. “Oh mais c’est tellement facile moi aussi je peux le faire ! ” Ce qui est je le reconnais volontiers un très mauvais argument, dont on a depuis longtemps réfuté la valeur. La valeur, justement, voilà le problème, pour moi ce genre de roman n’a pas de valeur artistique. En fait, je le trouve facile parce qu’il est technique. Ce qui m’entraîne à changer mon appellation d’écrivains “commerciaux” pour “techniciens”. Il est certain que Guillaume Musso maîtrise les techniques d’écriture, qu’il a dû beaucoup lire, qu’il sait ce qui plaît, ce qui est lu, ce qu’on achète et ce qu’on aime aujourd’hui, ici (on rejoint l’idée de cible là aussi). Mais en fait, là où je me dis j’aurais pu le faire, c’est qu’il s’est contenté de faire ce qu’il savait faire. Pour moi, de style ou d’esprit il n’y a pas. De la même manière, je pourrais écrire un morceau musical qui marche. J’ai fait des années de piano au conservatoire, je peux lire n’importe quelle partition et la maîtriser très rapidement, même si elle est techniquement difficile. Or je n’ai absolument aucune oreille musicale. Je suis incapable d’improviser et je chante comme une casserole. Cependant techniquement, je peux faire n’importe quoi, ça n’aura juste aucun esprit. Et c’est là que c’est plus facile. Un bon écrivain pour moi a des problèmes avec les mots, il ne sait pas comment dire, il cherche à exprimer. C’est déjà une différence. C’est encore une fois terriblement discutable. Sans technique, pas d’art ? Suffit d’avoir les deux, ha ha ha la bonne blague. Et comment peut-on réellement se passer du subjectif dans ce genre de recherche ?

Je n’ai toujours pas et je ne suis pas prête d’avoir les idées très claires quant à la détermination de la valeur littéraire d’une œuvre. Cependant quelque part je pense que je m’achemine lentement vers le genre de littérature que j’aimerais pondre un jour. Entre temps je vais tenter de me replonger dans la rédaction de mon mémoire. Là seule la technique seules les connaissances sont de rigueur. Et je trouve ça oh combien plus compliqué !

Note : je ne cite Guillaume Musso que par hasard parce qu’il est très emprunté dans la bibliothèque où j’étais, c’est donc lui que j’ai choisi de lire et dont je parle ici mais c’est juste histoire d’avoir un exemple, évidemment chacun doit avoir son équivalent de mon Musso à moi.

23 juillet 2010

Doutes obsessionnels mais pas stériles j’espère

Classé dans : Non classé — echo @ 19:37

Je n’ai pas oublié Crevebatard, j’étais juste en partance, en vacances. Des semaines perdue dans un village mais là vraiment un village pour de vrai, j’insiste, avec rien. Et pas de connexion internet. Du coup je suis rentrée plus tôt à la maison. Pour “travailler”.

Dix heures de train avec Violette Leduc, de quoi devenir un peu marteau. Me rendre compte que moi aussi, dans ma solitude, j’aime et je caresse les objets. Les livres surtout, on s’en serait douté. A la bibliothèque, le matin on range les livres. Je me surprends souvent à caresser certains auteurs, les traiter avec déférence, leur faire un nid douillet entre leurs voisins, bousculer autour pour qu’ils aient de la place. Par contre, quand je dois ranger Lévy, Nothomb ou Musso, je les tiens entre deux doigts, pincés, comme si j’avais peur qu’ils me contaminent. Quand j’ai quitté ma chambre chez les parents, j’ai dit “au-revoir” aux meubles, aux plantes. Au-revoir le canapé de Lille qu’elles n’aimaient pas tellement. Trop bas, trop plat. On s’attache.

Maintenant que je suis rentrée je peux vous faire part de mes dernières interrogations. De mes doutes. Avant tout chose, sur le doute. J’ai longtemps eu un peu honte de tous ces doutes, toutes ces questions, ces incertitudes, ces incapacités à me prononcer si ce n’est à me décider. Une de mes plus cuisantes humiliations d’enfance ; une réflexion d’une camarade qui disait que je n’avais pas de personnalité. Puis je le cultive ce doute, il me fait réfléchir, penser, avancer. Et surtout il me fait écrire. C’est pour cela que j’en parle là. Comme d’un orgueil, peut-être si je peux me permettre. Le dernier numéro du Magazine Littéraire (on a les références qu’on peut) titre : “Le doute : ce sont les certitudes qui rendent fou”. Plus loin : “Je doute donc j’écris ?” Et bien oui, évidemment. Et de citer Kant : “On mesure l’intelligence d’un individu à la quantité d’incertitudes qu’il est capable de supporter.” Petite victoire. Mais ça fait toujours plaisir.

Je voudrais donc vous faire part d’un doute qui m’assaille depuis le début de ces vacances. Le sujet est rabattu, surtout par moi, surtout ces derniers temps. Je m’en excuse à l’avance et peut-être qu’après en avoir encore parlé je cesserai d’y penser. Vous connaissez mon avis sur la Gay Pride, surtout sur le terme de fierté. Bien. (Ou relire les articles précédents) Il se trouve que peu de temps après l’événement, j’ai eu vent de deux agressions homophobes qui ont attiré mon attention plus que les autres. La première parce qu’elle a été “médiatisée”, j’entends par là relayée sur Facebook et autres réseaux via des “amis” engagés.La seconde parce qu’elle était adressée à une personne qui m’est plus que chère. Quelqu’un qui est pour beaucoup dans ce qui je suis aujourd’hui et que je ne cesserai jamais d’aimer, différemment peut-être, à ma manière. Forcément, ça interpelle. Je ne peux ni imaginer ni absorber sa souffrance, je ne peux la visualiser gisant sur le pavé, assaillie de coups et traitée de “sale gouine”. Je peux me demander “pourquoi elle ?” souhaiter les voir souffrir, les agresseurs. Vouloir frapper, venger, hurler. Je n’ai pas ce pouvoir. Je n’ai que le pouvoir de réfléchir, et d’écrire. De partager. Alors c’est tout simple, c’est tout bête, mais j’ai l’impression qu’on a tellement envie que la fête soit réussie, qu’on s’amuse et qu’on vende le plus de rhum possible qu’on oublie. On oublie que c’est pour éviter ça qu’on marche. C’est pour se battre contre la discrimination qu’on se montre et qu’on crie, qu’on scande. On est pareil. J’ai entendu dire que certaines personnes avaient choisi d’aller aux Solidays plutôt qu’à la “Pride”. Même plan d’égalité, un choix, deux divertissements. Une belle fête. Et pourquoi si peu de temps après ces agressions ? Je sais bien qu’il y en a plus que ça, souvent, tout le temps même. Mais moi, à mon petit niveau j’ai entendu parler de ces deux-là juste après la marche parisienne. Et oui, je ne peux m’empêcher d’y voir un lien. C’est là que je suis dans le doute. Et si la marche des fierté avait au final des effets opposés à l’objectif originel ? Si cette ostentation ne provoquait que mépris, répulsion et envie de frapper ? On serait tellement loin du compte ! J’ai tellement mal pour elle, pour elles que je me permets de répéter : réfléchissons ! Il faut trouver une alternative à la Gay Pride qui ne joue plus son rôle ! Il faut trouver une autre nomination, des symboles, un discours ! Je ne veux pas que les personnes que j’aime se fassent taper dessus pour leurs préférences sexuelles. Je ne veux pas qu’on me frappe parce que j’embrasse une fille. Et encore une fois je reste à mon échelle parce que je ne suis pas militante, je me pose seulement des questions. Je sens une faille, une brèche. “J’ai vu ta pote à la Gay Pride”, qu’on m’a dit. Elle vendait du punch je crois. Elle était fière parce qu’elle en avait vendu beaucoup. Pour qui ? Pour une association pour les droits LGBT ? J’espère. Mais ce n’est pas l’image que l’on retient. Surtout d’un point de vue extérieur. Bon sang, les homosexuels qui sont pourtant à la pointe de la mode, les champions de l’apparence, ne pas y voir une provocation négative et qui les dessert ? Réveillez-vous ! Réveillons-nous ! On se bat pour l’adoption et le mariage, mais ne faudrait-il pas revoir les bases ? Se demander ce que l’on pense vraiment de nous ? Donner une meilleure image ? De quoi êtes-vous si fiers ?

29 juin 2010

Dans les journaux ils disent que la GayPride était politisée

Classé dans : Non classé — echo @ 0:31

ça risque d’être autant agaçant pour vous que pour moi. Et je ne vous raconte pas à quel point mon agacement est élevé. Après avoir lu Le protocole compassionnel. Hervé Guibert. Hervé Guibert j’ai essayé d’en parler aux amis à Paris mais je ne sais ni faire l’éloge ni décrire. Dans la même phrase coupler “il parle beaucoup de ses amants” et le titre d’une de ses œuvres la plus spectaculaire pour moi ; Mes parents ; forcément, ça fait rire mais c’est tout. Je ne suis pas le genre de personne qui se formalise de ne pas être prise au sérieux, Dieu merci. Cependant, à mon humble échelle je pense que Guibert mérite de l’être. Non je ne règle pas mes comptes par écrit, j’avais juste envie de parler de lui. Parce qu’il me fascine. Parce que Le Protocole compassionnel est poignant, tout comme l’avait été avant A l’ami qui ne m’a pas sauvé la vie. Guibert était beau jeune et talentueux mais il est mort jeune beau et talentueux du sida. Mais ne nous égarons pas et c’est là que ça devient agaçant. Agaçant parce que je n’arrive pas à retrouver la page. Je voulais juste le citer. Ouvrir les guillemets et recopier. Cette facilité ne me sera pas accordée ce soir. Il dit qu’il a toujours su, avant même d’écrire “pour de vrai”, qu’il serait écrivain. Qu’il écrirait, et serait reconnu pour. C’est là que je hurle. Lire ces mots et sentir l’émotion submerger. Oui, c’est ça. Mais comment et pourquoi ? Jeudi 10 ou 11 juin je ne sais plus, passer la journée dans le train et rater la What’s gouine on. Rencontrer des âmes oubliées. Et se demander. Comment sait-on qu’on va devenir écrivain ? S’il suffisait de contracter le Sida, me direz-vous. S’il suffisait de sentir de savoir. Hervé ne parle pas que de ses amants. Ni de ses parents. Samedi soir la grande gay pride soirée Fières à Paris. Je ne suis toujours pas fière oui je le répète. L’année prochaine j’organise une marche à l’envers. Marchons à reculons au moins faisons passer quelque chose un symbole un message on peut faire la fête tous les autres jours.

14 juin 2010

à partir du moment où on se met à croire aux signes…

Classé dans : Non classé — echo @ 17:16

La seule question du concours à laquelle je n’ai pas su répondre :

“Comment s’appelle la nouvelle bibliothèque municipale parisienne qui ouvre ses portes en juin 2010 ?”

Et la réponse était :

Marguerite Duras.

Quelque-chose là, un truc. C’est drôle, c’est ça peut-être, non pas trop je m’étrangle un peu.

Je vous jure en ce moment on essaie de me parler d’un peu loin.

C’est encore un peu obscur.

J’écarquille les pupilles. J’ai des nouvelles lunettes. Le monde qui m’entoure, de moins en moins flou.

Il reste encore tellement de choses qui m’échappent…

Je réfléchis, encore.

8 juin 2010

En parlant d’obsessions

Classé dans : Non classé — echo @ 22:31

Parlez-moi des serpents qui sifflent sur vos têtes, saturés de cyanure, au souffle sulfureux. Sempiternelles souffrances. Ces sentiments sacrés.

Ne me parlez pas d’amour, mièvreries mentholées, mensonges d’avant matin maculé de vomissures. Derrière le masque des sentiments le visage de l’amant ; un miroir, un serpent sacrilège amoureux.

Ne parlez pas en mots, stupides signifiants, mais en soupirs sourires, murmures de souvenirs.

Parlez avec les mains secouées sous-jacentes, mes mâles subconscients.

Parlez-moi des souillures, sang versé sacrifice, rictus de haine, sortilèges mortels.

Épargnez-moi l’espoir, phénix aveugle et sourd, insalubre mort-vivant.

1 juin 2010

Nouvelles du front

Classé dans : Non classé — echo @ 22:24

Aujourd’hui chers amis voici un sujet d’actualité. Oui pour une fois je ne vais pas vous bassiner avec des réflexions sur des bouquins qui ont déjà vingt ans ni avec des interrogations sur des sujets encore plus vieux que nos arrières-grands-parents. Réjouissons-nous bien que rassurons-nous ou tant pis pour nous je ne vais pas non plus parler de Gaza.

Tout d’abord petit flash-info-perso j’ai décidé de ne pas sortir ni boire pendant deux semaines ça fait déjà deux jours on y croit on croise les doigts on est fière on est belle on est lesb… euh non c’est pas ça… ça promet, oui, je sais. Heureusement qu’il n’y a pas grand monde à me supporter ici. Flash-info-perso qui découle sur une info filante en juin c’est justement l’imminence de la fierté d’un jour par ville par nos chers amis défilant dans les rues des grandes villes, sur des chars ou derrière, en scandant chantant dansant cette fierté revendicatrice que je rejette. Oui je rejette la marche des fiertés non je n’irai pas (oui, bon, c’est facile, à CrèveBatard évidemment il n’y en a pas) et ce n’est pas par agoraphobie ni homophobie. Je ne suis pas fière. Je n’ai pas honte non plus, bien entendu là n’est pas la question. La question c’est la notion de fierté. Je ne suis pas fière de quelque-chose que je n’ai pas choisi quelque-chose sur laquelle je n’ai pas de pouvoir quelque-chose qui ne dépend pas de moi. Je pense à mon petit niveau que c’est avec humilité que l’obtention d’une quelconque reconnaissance est plus avenue et avec plus de valeur.

Actualité littéraire maintenant. Et c’est là qu’on rigole (je conçois que ma notion de la rigolade est quelque-peu bringuebalante parfois) parce que mon actualité littéraire concerne… Nancy Huston ! Obsessionnelle me direz-vous certes ce n’est pas une grande nouvelle mais au moins reconnaissez que vous préférez ma période Huston à ma période Duras ! Quoique je n’ai pas tellement parlé de Duras ici… que voici une bonne idée… si j’essayais de convaincre quelques récalcitrant(e)s… Ah mais alors là on est dans l’ultra réchauffé que ça en est même tout gondolé à force de passer au micro-ondes avec cette chère Marguerite. Bon, restons dans l’actualité pour ce soir. Infrarouge, donc. Le petit dernier (mai 2010) de Nancy. Je vais faire court, parce qu’actualité rime avec manque de recul et réflexion pauvre. J’exagère un tantinet. Actualité rime avec poil au nez. En fait, je voulais juste saluer le fait rare et inestimable que pour la première fois et sans arrière-pensée les paroles de Nancy Huston ont résonné de manière parfaitement juste, claire avec mes pensées, sur exactement la même tonalité. Que je vous cite :

(page 46 oui je deviens de plus en plus rigoureuse je cite les pages en plus maintenant) :

“Dans un délire de désir retenu, je soupèse, caresse et lèche les bourses de Kamal (…) ”

Ah, non, c’est pas ça.

Ce n’était pas que pour faire une blague cette petite phrase. C’est que c’est loin d’être la seule dans les quelques 300 pages d’Infrarouge. On a droit à des tas et tas de passages dans le genre, que je qualifierais bien de porn*ographiques si l’on n’était pas sur Internet et oh puis zut de toute manière tout le monde sait bien à quel point je suis prude. Pas de vulgarité bien sûr quand même on est avec Nancy Huston mais là à mon avis on est en droit de se demander si elle n’est pas tombée sur la tête et de quelle hauteur. Bref, voici maintenant les vrais passages qui ont fait écho :

“Depuis quand, se demande Réna, mon père est-il incapable de parler et de marcher en même temps ? Elle s’efforce de ne pas hâter le pas. Aucune raison, elle le sait, d’avancer à une vitesse plutôt qu’à une autre. (…) Mais ici, son impatience est existentielle, intransitive. Une réalité psychique solide et florissante, prête à s’appliquer à toute activité qui pourrait se présenter au cours de la journée.”

Cette précision, cette justesse dans les émotions qui traversent Réna dans le quotidien, le banal, le terre-à-terre, du demi-tour créneau en voiture à l’arrivée des saignements mensuels (oui carrément), c’est émouvant.

Et puis aussi, comme par hasard, des petites perles :

“Bleu n’existe pas. (…) La couleur bleue. Elle n’existe pas objectivement dans l’univers, seulement dans le cerveau de certains mammifères dont la rétine capte telle longueur d’onde émise par le soleil. (…) Peut-être que Dieu c’est pareil ? (…) Peut-être que Dieu c’est comme bleu, un truc qui dépend juste du point de vue ?”

C’est un peu tout ça, ce bouquin, du temps présent réel, prosaïque et disséqué presque chirurgicalement, des fantasmes passés ou rêvés mais largement érotiques, et quelques teintes poétiques. Surprenant. Du jamais vu chez Nancy Huston ? Oh, rassurez-vous, toujours les mêmes thèmes et le mêmes obsessions. Décidément, les artistes et leurs obsessions (oui, on est sur Internet, je me permets de m’auto-proclamer artiste voilà). D’ailleurs, j’ai fait une belle liste des obsessions durassiennes (on y revient quand même, quand je pense que vous avez cru pouvoir y échapper). Autour de la lettre D. Bien entendu. Alors en vrac comme ça comme en rosace autour de Dieu et désir : Duras, Donnadieu, détruire, dire, douleur, India Song, Dionys Mascolo, densité, domination, dévorer, disparaître, dépouillement,  diriger et bien-sûr le préfixe dé- en tant que préfixe universel destructif comme dans défaire qu’on pourrait appliquer à tout qu’elle pourrait appliquer à tout. C’est amusant comme tous ces thèmes toutes ces idées ses thèmes ses idées comme une constellation autour de son nom hérité et de son nom choisi autour d’une lettre qui représente, d’un point de vue sonore, à merveille la dureté. Il y en a peut-être pour estimer que les sonorités dures-lassent. Pas de désespoir, dans l’œuvre durassienne, ça ne va pas. Pourtant, la phrase de Valéry ; “la beauté, elle est ce qui désespère”, tellement parfaite pour Duras.

Voilà pour l’actualité littéraire.

Dernière information capitale ; dans deux semaines je re-bois. L’ai-je déjà dit? Oui, mais, ai-je dit où je serai dans deux semaines ? Je serai à Paris.  Alors, vous savez où fêter ça vendredi 11. Et jeudi 10 c’est la What’s gouine on aux Disquaires. On est pas fière mais quand même parfois ça vaut le coup.

27 avril 2010

ça z’alors

Classé dans : Non classé — echo @ 21:16

C’est tout de même intrigant comme deux termes issus d’une même racine peuvent avoir une divergence sémantique non négligeable. Non négligeable pour moi, en tout cas. Et comme l’idée vient de me germer dans une tête encombrée de sociologie, je l’écris vite avant qu’elle ne disparaisse. Et ici tant qu’à faire, parce que ce n’est finalement pas si facile de me tenir à mon ambition première d’un article par semaine. Je n’ai toujours pas raconté le week-end dernier, d’ailleurs. Qui est devenu le dernier dernier. C’est affolant ce que le temps… Oh mon Dieu j’ai failli flancher sur la pente trop savonnée du cliché plat. Ce n’est pas parce que je deviens pathétiquement lyrique qu’il faut trop se laisser aller. Oui, figurez-vous, je deviens lyrique. J’ai des pensées printanières. Je m’extasie sur le lilas en fleurs, les petits oiseaux, le ciel… Je sens bien que mon écriture évolue, certes, mais IL EST PASSE OU MON CYNISME BORDEL ZUT IL EST RESTE A LILLE ? (je sais, ça ne rend rien sans les accents mais j’avais envie de majuscules) Et je me mets à réfléchir sur tout. Vive le sevrage. Tenez, tout à l’heure, je me suis demandée pendant un bon moment comment se faisait-il que mon lacet, double le matin, se retrouvait simple le soir. Oui, d’accord, la déviance sémantique c’est beaucoup plus intéressant. Si si, vous allez voir. Parlons de la différence entre substantif et adjectif dérivé. Et de l’éventuelle évolution du sens, allant vers l’appauvrissement. Voici les mots en question, je cite Le Petit Robert :

Chaos : “confusion, désordre grave“.

Chaotique est en train de virer au “confus”.

Là, on s’interroge. Comment de “chaos”, c’est puissant comme terme “chaos”, c’est chargé, c’est lié au chaos originel, primitif, c’est presque superlatif, ce n’est pas rien, le chaos, on est passé à ce “chaotique” “confus” ? Juste “confus”? Ce n’est plus si grave, quand c’est chaotique. On demande: “c’était comment ton week-end ?” réponse: “c’était chaotique !”… ça ne veut plus dire grand chose. Est-ce que l’adjectif, avec le temps, est devenu plus employé, de plus en plus employé, devenant presque une expression toute faite, du coup élargissant à grands coups de râteau son champs des possibles, s’employant pour tout un peu n’importe comment, et donc perdant une bonne grosse dose de chaos originel ? Parce que le Petit Robert, avant de dériver (c’est une dérive sémantique oui oui ça me rappelle les cours lointains d’histoire du lexique) vers la confusion (d’ailleurs, “confusion”, c’est lié aux sentiments, ça, à l’intériorité humaine, au langage, pas aux éléments. En fait j’ai comme l’impression que les substantifs restent plus fidèles à leur sens originel.) ,  il précise bien ; “qui a l’aspect d’un chaos”. Chaos ; “entassement naturel et désordonné de blocs, de rochers”. C’est minéral, le chaos. Donc chaotique, ça doit être gris, verdâtre. C’est visuel. Tangible, presque. Puis c’est mythologique, c’est le vide avant la création. Ce n’est pas confus ! Enfin, ça ne l’était pas. ça l’est devenu parce qu’on utilise mal, à la va-vite les adjectifs. Bon, pas que les adjectifs apparemment. Mais surtout les adjectifs. En tout cas, les adjectifs d’abord. Vous me direz, pour une chambre mal rangée, on dit “c’est le chaos”. Ou alors, vous me direz aussi (je les vois venir les poètes), mais c’est symbolique, c’est une métaphore ! Ah ben non ça ne va pas, ça ne me va pas. On perd toute une grande partie de la signification du mot. Notre vocabulaire s’appauvrit. Alors que la langue française était si riche ! (vous voyez ? Je tourne au lyrisme dégoulinant) Les mots deviennent interchangeables.  Bon, je me suis un peu éloignée de mon propos, là. Je ne devrais pas me laisser emporter comme ça. Tout ce que je voulais, c’était essayer de comprendre pourquoi chaotique, aujourd’hui, renvoie à confus. Et à part mon interprétation pas très positive, je le reconnais, je ne vois pas trop. Vous savez, si vous avez des idées éclairantes, ne vous gênez pas.

Tiens, juste pour le plaisir :

confusion : 1080 : “ruine, défaite”. Du latin confusio : fondre.”Trouble qui résulte de la honte, de l’humiliation, d’un excès de pudeur ou de modestie” Je vous fais grâce de la suite, on a tous un Petit Robert.

confus : “qui est embarrassé par pudeur, par honte”.

Et le rapport avec le chaos dans tout ça ?!

J’adore les dictionnaires. Depuis que j’utilise Open Office et que je n’arrive pas à faire marcher le correcteur automatique, j’en redécouvre les joies. Les joies. Les joies ? Le plaisir. La jouissance. L’attrait. Vous voyez ? On fait n’importe quoi avec les mots ! Ah mais non je ne parle pas de l’écriture littéraire, de la poésie, là je sais bien qu’on peut, qu’on DOIT  faire n’importe quoi enfin pas n’importe quoi justement mais bon bref, avec les mots. Je parle de l’oral, ou de l’écriture commune, quotidienne, banale. Et là je tends une perche énorme aux pourfendeurs d’Internet. Mais cet argument ne me convainc toujours pas, ne vous en déplaise. Ce n’est pas que ça c’est plus que ça.

19 avril 2010

Mon dernier achat

Classé dans : Non classé — echo @ 22:55

J’ai le titre la trame, quasiment l’article déjà écrit quelque part pendant ce week-end de folie (qui fera l’objet d’un prochain article, j’ai décidé de morceler, de marcher par thème), suffisait de se mettre devant la page et laisser faire. Le risque, dans “laisser faire”, c’est de trop. Le problème, qui majeure le risque, c’est que j’ai eu la bonne idée avant de me connecter sur ce blog, de regarder d’anciennes photos, d’écouter d’anciennes chansons, bref, vous voyez, de “sombrer dans la nostalgie”. Faudrait un néologisme à la Nancy Huston, pour ça. De nostalgiser. Mauvais, ça, mauvais. Pour moi comme pour vous, parce qu’il y a de grandes chances pour que je digresse joyeusement dans cet article que je vais quand même tenter de forcer, là. C’était censé commencer comme ça.

Samedi matin bien trop tôt pour un samedi matin dans une autre vie, samedi matin à l’aube à l’ouverture de la brocante du Secours Populaire. Le même endroit depuis toutes ces années, ce squat désaffecté au bord de la rivière, la même disposition, à droite les bibelots-vaisselle-meubles “tiens il est toujours là ce buffet ils ne le vendront pas”, au milieu les vêtements sur lesquels fond ma mère, qui m’appelle au bout d’un court moment, excitée : “et cette chemise de nuit, elle ne te plairait pas ?” Une vieille chemise de nuit blanche comme on voit dans les films. Non. Je me rue vers la gauche. Là le seul stand pour lequel je suis venue. Les livres. Cette sensation presque cette fierté le mot est un peu fort de savoir de connaître de foncer sur la littérature de sourire quand un auteur connu sous les doigts qui cherchent je caresse salut presque un ami que l’on retrouve besoin d’ami(e)s retrouvé(e)s s’ils sont sur des tranches de poches poussiéreux c’est déjà ça. Non tant pis-tant mieux-au choix désolée pour cette phrase  je ne ponctuerai pas juste pour faire plaisir. Puis vient le choix. Tant pour tant. Le sang doré des Borgia dialogues de Françoise Sagan. Tiens, un Sagan que je ne connais pas, j’embarque, ça distrait et peut-être va-t-elle me surprendre. On me compare à elle. Faites que je vaille mieux. Littérairement parlant, bien entendu. Fils et Amants, D.H Lawrence. Depuis que je lis Anaïs Nin et que je me reconnais en ce qu’elle dit, je rêve de découvrir Lawrence. Ce sera bientôt chose faite. La secte des égoïstes, Eric-Emmanuel Schmitt. L’est à la mode, celui-ci. Peut-être est-ce la professionnelle qui le choisit. Ce faire une idée. Mémoire d’un tricheur, Sacha Guitry. J’aurais déjà dû l’avoir lu ? Peut-être. Réminiscences des cours de littérature et cinéma. Le premier accroc coûte deux cent francs, Elsa Triolet. Juste pour elle. Parlons-en, des femmes d’artistes, qu’on n’entend pas, soit disant. Rendons-leur la parole. Lisons la. Le Mur, Jean-Paul Sartre. Bon sang, je ne l’ai pas lu celui-là ? Rapide feuilletage, une fiction de Sartre que j’ai manquée. J’ajoute. La reine du silence, Marie Nimier. On dit tellement de mal d’elle. De ce qu’elle écrit. Autant juger par moi-même. Money, Jean-Loup Sulitzer. Un “classique” dans son genre. Pas du tout ce que j’affectionne. Essayons. Puis je m’approche pour payer. Et je tombe sur ce sur quoi il ne fallait pas que je tombe. La Divine Comédie en trois gros tomes noirs édition bilingue de 1964 dessins de Botticelli. Jamais lu, oui j’avoue comme on dit jamais essayé. Maintenant ils prennent une bonne part d’un rayon de ma bibliothèque en attendant qu’un jour… Quand j’aurai fini Professeurs de désespoir, quand j’aurai fini Echenoz, quand j’aurai fini L’Avortement de Richard Brautigan, quand j’aurai lu tout Proust… Et je repense à cette question à laquelle je n’ai pas su répondre, à laquelle je ne sais toujours pas répondre ; “quel livre manque-t-il à ta bibliothèque ?” s’il devait n’en manquer qu’un ; lequel ? Vous sauriez, vous ? Immédiatement, répondre. Il me manque… Tout Proust, oui. La Divine Comédie, oui, je n’y avais pas pensé. Que répondriez-vous, vous, lecteurs qui lisez, à une telle question ? Pas réussi à faire comprendre l’impossibilité d’une réponse. Accumuler les titres ou rester muette. Aucune idée. J’ai mes auteurs. J’ai lu ceux que j’aime. Pas tout, bien sûr, Dieu merci. Duras, Gide, Céline, Faulkner, Nabokov, Joyce et compagnie. On sait. Echenoz. Huston. Gary. On sait aussi. De Cervantes à Katherine Pancol ; qu’est-ce qu’il manque ? Tant… Comment n’en choisir qu’un ? J’ai négocié Dante. Eu pour rien. Et beaucoup de poussière. Certaine(s) se débarrasse(nt). J’accueille. Et au dernier moment ; une Bible. Rouge, vieille, abîmée. Une Bible à envoyer à Lille. A celle qui la lit à l’envers. Lui commencer une collection de Bibles, avec celle-là pour commencer, avec ses pages rouillées. Stop, suffit, payer, fermer les yeux sur les pléiades, oui j’ai déjà Hugo, Molière, je suis déjà passée par là. En rentrant, ouvrant la Bible, je suis tombée sur une pépite. LA PÉPITE du siècle. Une pépite pile pour moi. A peu près au milieu, Ezéchiel, peut-être ? Une lettre d’amour. 31 août 1980. Lydie. “Amour, je ne sais pas si je dois t’en vouloir ?! J’ai dit à ta femme que je ne te reverrai plus, mais je veux te revoir, je ne la crois pas, elle, toi seul pourra me convaincre… (…) Je parle (tu as dû le remarquer) au présent, car pour moi rien n’est jamais fini. Chou j’aurais tant aimé te voir avant mon départ pour Nice dans quelques heures…” Et le hasard, dans tout ça ? Le karma parce qu’il ne faudrait pas ? Et juste parce que j’achète cette Bible toute pourrite pour elle, la lettre d’amour vieille de trente ans tellement d’actualité ? Entre les pages ? Vous croyez aux signes, vous ?

17 avril 2010

Coup de guoeur

Classé dans : Non classé — echo @ 15:48

“L’homme est bon et mauvais, disait George Sand. Mais il est quelque chose encore : la nuance, la nuance qui est pour moi le but de l’art.” citée par Nancy Huston dans Professeurs de désespoir. Ce à quoi elle ajoute : “La littérature contemporaine aurait-elle renoncé à ce but-là ?”

Professeurs de désespoir est publié en 2004. La littérature sans estomac de Pierre Jourde en 2001. Est-ce que cette chère Nancy l’a lu avant de se lancer dans sa diatribe castratrice et férocement féministe contre tous ces fameux “nihilistes”, de Beckett à Houellebecq en passant par Kundera… Je ne sais pas, elle aurait du, elle y aurait appris, peut-être justement, la nuance, non dans le jugement critique mais dans sa propre approche d’un écrivain. De son œuvre. Parce que Jourde approche l’œuvre de certains écrivains, uniquement l’œuvre. Qu’on peut se permettre d’appeler autrement, d’ailleurs. “La littérature sans estomac”, c’est plutôt pas mal trouvé quand on s’attaque à Sollers, Beigbeder, Angot… Son jugement est méchant, moqueur, sans appel. Totalement destructeur. Mais il ne se base que sur l’écrit. Les mots, les phrases. Et surtout, il ne part d’aucun préjugé, d’aucune idée préconçue, ou pire, personnelle. Pierre Jourde est un critique littéraire. De talent. Nancy Huston… Vous savez à quel point j’aime la lire, je vous ai déjà bien assez conseillé son Journal de la création. Et dernièrement Dolce Agonia m’a extrêmement marquée. Mais là… Je n’ai lu que 100 pages, et déjà je bouillonne d’énervement à chaque page. Je crie, je l’invective, il faut que je vous en fasse part, que mon agacement sorte. Bon déjà, vu mon inexpérience et mon état d’avancement du bouquin, je ne vais rien écrire de bien construit ni constructif. Je n’ai bien évidemment pas cette présomption.

Dés son entrée en matière, elle précise bien qu’elle n’a pas l’intention de les dénigrer, ces auteurs. Ni d’en faire une analyse littéraire. Soit. Mais alors, qu’est-ce qu’elle va raconter sur eux ? Et bien, leur vie, tiens. Elle va tenter d’expliquer pourquoi ils (et quelques elles) sont misogynes. Et “génophobes”. Ceci est un de ses néologismes. Qui signifie “phobie de l’engendrement”. Et surtout pourquoi ILS ONT TORT. Prouver, chapitre par chapitre, victime par victime, de manière brillante, qu’ils on tort. Je n’y vois pas beaucoup de nuance. La première ligne de Professeurs de désespoir (qu’est-ce que j’aime ce titre par contre) fait allusion à sa fille. Tout part de sa fille. Toute la réflexion. L’engendrement est une des plus importantes raisons de lutte chez Nancy Huston. Quiconque y touche, le désapprouve, le renie ou autre ne mérite que son mépris. La maternité, la féminité, la femme mère et artiste, les sujets-figure de proue de l’écrivain. Donc un point de départ, un lien entre les auteurs qu’elle choisit, totalement personnel, et même très cher. Nancy Huston est une artiste. C’est indéniable. Elle est aussi une grande essayiste. Mais là pour moi elle n’est pas une critique littéraire. Je sais bien qu’elle ne se revendique pas comme telle. Seulement je me demande. Pourrait-elle l’être ? Peut-on être les deux ? Un artiste peut-il faire taire toute pulsion de l’ordre du personnel, de l’émotionnel, qui le pousse à l’art ? Ah, oui, bien sûr, vous allez me contrer avec Baudelaire et Guibert. Tout d’abord, les critiques de Guibert étaient très personnelles, justement, objecterais-je. Mais surtout, et là on va bondir, ce sont des hommes. Vous me voyez venir ? A contre-courant de la thèse de Nancy, puisque les femmes engendrent (ont engendré ou ont la possibilité de), elles ont ce je-ne-sais-quoi de personnel qui empêche l’objectivité absolue. Absolue oui, je sais, je ne devrais pas l’employer on me l’a déjà reproché. Bon ce n’est qu’une hypothèse branlante, que je n’appuie même pas d’exemple. Et c’est un peu provocateur, je le reconnais. Non mais faut dire aussi, elle m’a énervée. Attendez, attendez, vous allez voir :

“Alors maintenant je vais dire une chose absolument énorme, tellement énorme qu’elle me fait presque peur, non ce n’est pas la chose qui me fait peur mais le fait de le dire ou plutôt de l’écrire parce qu’écrire est ma façon à moi de dire, mais écrire cette chose implique qu’elle ne soit entendue que par mes lecteurs, soit une proportion infime, quasi négligeable de la population mondiale ; or c’est précisément pour ces gens-là, pour les lecteurs d’essais, disons pour aller vite pour les intellectuels, que cette chose est “énorme”, alors que pour la vaste majorité de la population mondiale elle est au contraire une banalité, un truisme, une chose qui va précisément sans dire, bref je marche sur une corde raide entre ceux qui liront cette affirmation et qu’elle fera bondir, et ceux qui ne la liront pas et qu’elle ferait bâiller si d’aventure elle leur passait sous le nez ; la voici, elle vient maintenant, la chose presque impossible à dire, soit scandaleuse soit assommante : il y a, en général, en gros, oui, oui, quand même, j’insiste, dans l’ensemble, ah là là Déesse Suzy j’ai peur, il y a une différence entre les hommes et le femmes, voilà je l’ai dit, [...] il me semble que cette différence consiste en ce que la plupart des femmes font des enfants et passent du temps avec des enfants en bas âge [...]. Il s’ensuit que, dans l’ensemble, en gros, les hommes et les femmes entretiennent un rapport différent au passage du temps et donc à la mortalité, voire à la mort.”

Non mais elle se moque de nous. Oui, bien sûr qu’elle se moque de nous. Mais c’est toujours, toujours la même rengaine dans la plupart de ses essais. Une véritable obsession, un autel érigé à la maternité. Au pouvoir de la femme par l’engendrement. Mais - et c’est ce qui fait qu’à chaque fois qu’en librairie ou bibliothèque ou n’importe où je tombe sur un de ses bouquins, essai ou roman, je rafle instantanément -  c’est excellemment dit. Pardon, écrit. Nancy Huston est une artiste que j’adore. Que je dévore. Mais qu’est-ce qu’ ELLE A TORT !

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