
19 heures happy fucking time au Troisième Lieu il reste encore quelques places éparpillées mais l’emplacement justement est stratégique dans la déco verdoyante du bar il faut pouvoir voir. Installées au milieu vue plongeante sur la porte on repère. Devant moi tatouage tribal dépasse du shorty imprimé c’est vulgaire mais ici ça passe, l’ostentation est de rigueur nous sommes dans le lieu de la drague ouverte. Chaque entrée est remarquée, observée, analysée jugée. D’une table à l’autre regards furtifs puis appuyés on ne cherche pas la discrétion le fait même d’être assise là entourée de filles aux allures fières implique une démarche ce n’est pas seulement boire un verre avec des amies c’est sortir dans le milieu le monde féminin parisien double démarche se faire voir, se montrer, et soi-même voir. Sortie repérage. Comme du lèche-vitrine avant les soldes. Peu de nouveautés finalement le renouvellement est rare c’est toujours la même et unique collection quelques variantes en fonction des saisons des régions il faut montrer qu’on appartient à cette collection tout en se démarquant cocktail détonnant que ce mélange de similitude originalité recherche poussée à l’extrème dans l’apparence voici la valse du Troisième Lieu attaquée les numéros de téléphone d’inconnues ouvrent le bal rencontres autour du baby-foot rendez-vous scellés pour un soir pour une nuit c’est la ballade des filles du marais parisien. Assise en face du couple parfait je me familiarise avec le milieu ses potins ses liaisons son réseau. Elle me raconte les relations d’amies d’ex on trace des lignes on relie les unes aux autres triangles losanges toutes liées « je suis sortie avec une telle qui était sortie avec une autre avec qui j’étais sortie aussi puis la meilleure amie de l’ex de mon ex qui est sortie avec une autre ex » ça n’en finit pas comme une rosace de noms qui s’entremêlent « ne rentre jamais dans ce milieu » elle sait tout sur toutes qui savent tout sur nous se retrouvent toutes au Troisième Lieu le cercle s’élargit toujours encore elle dessine le shéma du milieu parisien. Le couple parfait rigole je n’en reviens pas histoires de coeur de sexe je ne vois pas trop où peuvent exister de quelconques sentiments entre deux lignes au coin d’un rectangle sur un commentaire de page myspace aberration de toutes ces connections.
