Même pas peur

Ca y est de retour à Paris de nouveau les mains tremblantes fébriles inondent le clavier de nouveau la musique toujours la même ces visages sourires immersion parisienne brutale impression de retour au point mort dans les regards les paroles les gestes cent pas interminables en attendant le métro les mots qui déferlent en vrac en masse enfin cigarettes avalées sans y penser passés les premiers émois la première excitation de l’arrivée rien n’a changé surtout pas moi.

Découverte intrigante en lisant Sciences Humaines que ma mère avait lancé dans le train au moment où les portes se refermaient. Le genre de revue que je ne lis jamais qu’elle avait peut-être acheté pour le dossier annoncé en couverture: « conflits ». Un article amusant; la formation de l’oeil humain serait le reflet de certaines caractéristiques de notre personnalité. Quelque chose comme la structure de l’iris ou je ne sais plus trop quoi. J’adore cette idée de corrélation entre l’oeil et la personnalité. Corrélation scientifique. Confirmerait tout ce qui a toujours été rabaché sur les vertus infinies du regard.

Peut-on raconter sa vie à vingt ans?

Le « rêve français » commence à m’inquiéter.

Il ne pleut plus nulle part.

Il pleut à Périgueux

Paraîtrait que je ne vois plus… Elle n’a peut-être pas tort la Monique… Elles n’ont peut-être pas si tort toutes celles qui m’entourent… Mais aujourd’hui je n’ai plus les cheveux dans les yeux, je n’ai même presque plus de cheveux du tout, aucun moyen de me prendre en photo étant donné que je n’ai aucune idée du lieu où a échoué mon cher appareil et donc je vois. Oui je vois autour de moi. Je vois quoi ? Il n’y a rien à voir ici à Périgueux, plus rien qui ne me raccroche à quoi que ce soit je suis devenue une étrangère dans la ville où je suis née. Heureusement que je peux encore boire quelques bières avec une amie perdue de vue depuis bien trop longtemps. Se sentir appartenir juste un instant se retrouver à travers un passé commun et même quelque chose du présent; Paris.

Il serait peut-être temps d’ouvrir les yeux d’arracher les oeillères stagnantes et obsédantes de déplacer la tête. Il serait temps de se réveiller. Aprés tout je peux faire en sorte que la vie que je vis ressemble le plus possible à celle que je rêve. Le principe de réalité. Le principe de réalité. Toujours refusé de regarder ce genre de chose en face. Dans les yeux.

Alors les élections sont dans une semaine, les inscriptions aux prépas masters et compagnie peut-être terminées, les examens dans un peu plus d’un mois, les vacances trouver un stage un job il serait grand temps en effet d’arrêter de rêver. Hum. M’en fiche je serai un grand écrivain.