Il le dit tellement mieux que moi…

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« Mes amis m’ont enfin avoué leur mépris

Je buvais à pleins verres les étoiles

(…)

Et sombre sombre fleuve je me rappelle

Les ombres qui passaient n’étaient jamais jolies »

« Je ne puis exprimer mon tourment de silence

Tous les mots que j’avais à dire se sont changés en étoiles »

« Pardonnez-moi mon ignorance »

« A la fin les mensonges ne me font plus peur

C’est la lune qui cuit comme un oeuf sur le plat »

Apollinaire, Alcools

 

Samedi soir ça me dit noir

Dans quelle galère me suis-je encore fourrée toute seule comme une grande en acceptant joyeusement et bruyamment d’écrire un article sur la soirée de samedi soir, soirée-tourbillon tellement trop pleine que je n’ai absolument aucune idée de la manière de mener l’histoire, la trame le déroulement les personnages… Suis maintenant irrésistiblement tentée d’expédier la chose comme le faisaient les amies de mes jeunes années quand je les suppliais de me raconter tel épisode manqué d’une de mes séries télévisées adorées. Réponse désespérante de l’amie exaspérée: « ils sont tous morts ». Je dirais bien « samedi on est tous morts ». Mais comme j’ai déjà ressenti l’atroce sentiment de frustration causé par ce manque sadique de coopération je vais faire un effort surhumain de remémoration et d’organisation. Notons que si encore cet article ne s’adressait qu’à la personne qui me l’a commandé ce serait bien plus simple étant donné qu’elle a à peu de choses prés vécu la même soirée que moi. Mais non évidemment principe du blog il y aura bien quelques autres lecteurs il va donc falloir être le plus possible compréhensible. Soupir de lassitude. Cigarette.

Questions qui m’empêchent de commencer devrais-je plutôt raconter ma soirée ou la soirée en générale collective et déshordonnée vais-je m’exhiber ou exhiber avec joie tout mon entourage prostitution commune et imposée c’est tellement mieux je sens que parti comme il l’est cet article va se transformer en questionnement sur la manière de raconter une soirée vécue dans un blog on n’est pas rendu il est temps d’arrêter de trouver des excuses pour retarder la narration.

A peine installées dans le bar-test dans la rue des pires bar-filles de Paris avant même de commander quoi que ce soit la conversation est politique enflammée malgré quelques réticences on s’escrime à convaincre une convaincue on s’emballe et rembarre trois fois la serveuse avant de réaliser qu’elle n’est pas mal virement de sujet toutes à l’abordage du petit lapin blanc aux jambes siliconées qui s’avère « ne pas être toute seule là-haut » et « avoir une copine hystérique ». Qu’à cela ne tienne le défi est lancé va falloir trouver le moyen de conquérir son numéro on n’y va pas par quatre chemins mais ce n’est pas gagné. Les défis s’enchaînent je trouve le moyen d’aborder la seule hétéro non française du bar et probablement de toute la rue seul trophée son prénom la copine hystérique débarque et marque son territoire heureusement chez nous aussi les copines amies amies des copines arrivent on s’enfume fait connaissance et déraille consciencieusement. F. qui commence à s’endormir ce qui n’est pas dans ses habitudes m’entraîne dehors je pensais que c’était pour prendre l’air où avais-je la tête nous nous ruons dans le bar-rien-que-pour-les-filles d’en face émerveillement mêlé de dégoût pour ces dizaines que dis-je ces milliers de lesbiennes branchées parquées dans une cave où on ne peut ni faire un pas ni respirer fuite vers celui du bout de la rue où la cave est presque vide si ce n’est un ami à elle qui fête son anniversaire en essayant de faire tenir des petits tubes fluorescents dans les anneaux de ses seins. Retour à la case départ en plein débat animé sur la destination de la poursuite de la soirée on le sentait venir ce sera l’habituel « relou » Troisième Lieu pour changer. Premier détour par une soirée privée juste à côté d’où nous ressortons poursuivies par les démons de minuit ou les fantômes ça dépend des couplets deuxième pour un petit burger rapide, presque arrivées je manque de me faire agressée par un trop-plein-de-mauvais-vin à qui j’ai eu la mauvaise inspiration de lancer un joyeux et totalement inconscient « à ta santé » je suis traitée de « bohémienne » tiens ça faisait longtemps. Enfin à bon port sauves et sans perte à part une exilée en chasse nous retrouvons le copain et son ami et avons même la chance inouie d’une table libre et assez grande évidemment je me perds tombe sur des connaissances récupère un numéro ne pas oublier d’appeler demain. Ramenée auprés de tous verre difficilement acquis je me souviens alors (joie bonheur) que j’ai mon appareil photo au fin fond de mon sac. Séance pose et prise de la salle mouvante. Je réalise soudain que l’ami du copain s’appelle Antoine. Pouf défusion (non non ce mot n’existe pas mais il est plus parlant dans ce cas qu’infusion).

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L’exilée revient sans avoir pu atteindre sa proie pour cause de première panne de la soirée (pas sa voiture ce coup-ci). Nous partons pour un tour d’horizon elle jette son dévolu sur la blonde à la table de derrière, deuxième hétéro de la soirée, pas la seule du bar pour cette fois. Mis à la porte à la fermeture décison aprés moultes divergences nous allons danser à Saint Michel. Un groupe en voiture, nous marchons, je devance Antoine à la course et si nous nous étions jetés dans la Seine j’aurais peut-être atteint le premier pont avant lui ou pas du tout. Devant le pub terrible nouvelle; panne numéro 2, pas de suite, pas de danse nous rentrons. Plus ou moins vite selon les dépanneurs, noctiliens, taxis. Je marche et résous les problèmes de communication au téléphone. Pour changer. On s’en est pas si mal tiré.

C’était extraordinairement résumé, fallait bien éviter le trop personnel et le trop dit.

“Quand la réalité dépasse la fiction” ou “les tribulations d’une Périgordine à Paris”

Chez Michel le chef c’est Hassine ou quelque chose comme ça on ne sert pas de chaud et la bière coule à flots. Chez Michel il n’y avait personne à part deux Japonnaises aux accents guturaux alors j’y ai établi ma retraite. Chez Michel l’air est propice à la transformation. Chez Michel une petite fille perdue aux larmes desséchées s’est transformée en garçonnet tout puissant en valeureux singe savant. Chez Michel une bande de joyeux lurons a fait de moi son attraction. Manège à rebondissements qui vire violemment à chaque pinte transfusée. Peaufiner ce rôle improvisé de petite lesbienne branchée abuser des clichés de masculinité pause nonchalante bras sur le dossier de la chaise je suis autre je suis un mais je ne suis qu’image que langage avantage séduction que je justifie par un excés d’apparence excés de confiance fierté exacerbée pour combler angoisse et sensibilité personnage divertissant monté de toute pièce puisé dans un gouffre d’ignorance entourée d’intelligence de connaissances j’ai décliné Faulkner et Steinbeck espoir de renaissance d’un amour perdu en un amour étertel et commun qu’est la littérature. Joyeux lurons aux rires si humains m’ont apporté un nouveau sourire envies de lectures d’écriture un doigt fêlé en escaladant la porte du parc Montsouris un nez obstrué en traversant le lac une vision de Beauté en me noyant dans les battements irréguliers des branches au fond de l’eau noire où mon reflet tremblait. Chez Michel j’ai fusionné pour une nuit Antoine et Alice deux moi improbables qui s’entredéchiraient. Chez Michel je retournerai retrouver ces joyeux lurons qui n’écrivent pas comme moi mais qui écrivent.