« Tu vas me laver les poivrons. »
Il n’y avait plus personne à La Vertu où j’aidais ce soir-là la patronne, et je commençais à espérer pouvoir bientôt partir. Mais non.
Démonstration du nettoyage de poivron; « tu trempes la main mais pas le poivron… » (avec l’accent je vous raconte pas) « surtout pas le poivron dans l’eau hein! »
Oui bon ça va c’est pas compliqué je suis quand même capable de laver des poivrons sans qu’on me montre pendant trois quarts d’heure, laisse-moi faire.
J’empoigne une lamelle de poivron et la patronne m’annonce qu’elle descend à la cave chercher je ne sais plus quoi. Pensons avec effroi que je vais me retrouver seule avec le seul client saoul et saoulant du bar je plonge la main tenant le poivron dans le seau, secoue, la ressort, poivron tout propre, je me dis toute contente que c’est vraiment facile, que je vais bientôt avoir fini, que je vais bientôt pouvoir partir. Soudain, sueurs froides et tremblements, je réalise: J’AI TREMPE LE POIVRON DANS L’EAU ! ! ! !
Je suis vraiment une catastrophe.
Et la patronne était juste à côté. Deux minutes plus tard elle remonte, me regarde tremper LA MAIN dans le seau et s’assure: »Tu trempes pas le poivron hein? »
« Non non! » sur un ton plein de « ça va je suis pas débile quand même ».
Sur ce l’abruti au comptoir: « Alice au pays de merveilles!! Une autre bière s’il te plaît! »
Pouf dissimulée derrière le bar je lui sers sa quatrième bière sans alcool, subterfuge exceptionnel pour les lourdauds ivres qui ne s’en rendent pas compte, qu’est ce qu’elle est douée cette Bernadette!
Quelques clients plus tard, deux cafés ratés, la terrasse rangée, les tables mal attachées (« mais que vous êtes compliqués vous les étudiants! »), je suis sur la route et je comprends alors pourquoi il y a eu si peu de monde à La Vertu un dimanche soir pluvieux à Périgueux; tous les autres cafés sont fermés! ça explique tout!