Un café, Gare de l’Est. Lui et moi. Un silence.
J’étais en train de penser que tout ce week-end n’avait été qu’une somme de non-dits, une multiplication de silences, un retranchement itératif de tout ce que nous avions été, tous les deux. Comme si après nous être trop aimés, nous ne pouvions même plus parler du temps qu’il fait, des vieilles qui passent, et des conneries du PS.
Je pouvais encore me rappeler de ce que nous avions vécu de plus intense. Il n’y a pas si longtemps, nous ne pouvions pas passer la moindre journée sans avoir l’autre au téléphone. Nous vivions l’un par l’autre. Impossible pour lui, pour moi, d’imaginer que nous ne serions pas ensemble pour la vie.
Impossible, finalement, de ne pas l’aimer. Je me rappelais même de la tension de l’air quand je le lui ai dit. Finalement, il y a répondu comme quand, hier soir, j’ai fait une nouvelle tentative : il a écarté sa main de la mienne. A chaque fois, cette colère sourde…
- Messieurs ?
- Un café, s’il vous plaît…
- Non, deux.
- Bien, deux cafés.
Je l’avais connu si différent. Nous étions capable de passer des heures au téléphone – si j’ai un cancer du cerveau, ce sera certainement de sa faute. Et même, on continuait par mail, Skype, MSN. Mes parents, à force, l’avaient connu, et, contre toute attente, surtout ma mère. Il était même entré dans la sphère familiale !
Et maintenant, c’est comme s’il avait fait vœu de silence. Je lui avait fait la remarque. Il m’a répondu qu’il avait toujours été comme ça. Lui, donc, ne se rappelait déjà plus. Prends toi ça.
Bien sûr, nous avions tous les deux changés. Lui, lentement mais sûrement, à l’image de sa naturelle modération. Moi, plutôt par à coups violents, sanguins. Mais tous les deux, sous tous rapports, plutôt dans la même direction.
- Tu sais, par-rapport à ce que tu m’as dit hier soir…
Il n’y a pas, vous l’avez compris, l’embarras du choix. La seule discussion à laquelle il pouvait faire référence, c’est le monologue dans lequel je lui ai dit que lors de notre (seule, unique, violente) engueulade, nous avions perdus beaucoup de notre lien. Visiblement, ça l’avait travaillé.
- … ça me laisse perplexe.
Perplexe comment, pourquoi, il me faudra le découvrir par moi-même. En tout cas, son sentiment sur cette question a tout d’une réponse affirmative : oui, moi aussi, je me suis rendu compte que nous ne pouvions plus rien faire ensemble.
L’hypocrisie ambiante atteint son apothéose lorsqu’on se donne rendez-vous à plus tard. Il faudra absolument que je lui téléphone, et réciproquement : nous avons tant de choses à nous raconter ! Oh oui, il le faut absolument !
Tout s’est passé très vite : alors même que nous tenions ces paroles très naïves, nous nous sommes regardés dans les yeux. Il a dû voir dans les miens ce que j’ai vu dans les siens : je mens, tu es déjà sorti de ma vie, nous ne nous reverrons plus. C’est sans doute, paradoxalement, le moment durant lequel je me suis senti le plus proche de lui : dommage que ce soit précisément le moment où nous mettions un point final, et où nous rompions l’un avec l’autre. Pas de haine, pas de rancoeur : simplement, rompus.
Je l’ai raccompagné à la gare. Après quelques minutes de silence supplémentaires, nous nous sommes dit au revoir, il est monté, et je suis parti sans même me retourner, sans même une émotion.
Nous n’avons depuis pas eu le moindre contact.
PS : Merci à Alice pour le prêt très temporaire de son blog !