J’ai le titre la trame, quasiment l’article déjà écrit quelque part pendant ce week-end de folie (qui fera l’objet d’un prochain article, j’ai décidé de morceler, de marcher par thème), suffisait de se mettre devant la page et laisser faire. Le risque, dans « laisser faire », c’est de trop. Le problème, qui majeure le risque, c’est que j’ai eu la bonne idée avant de me connecter sur ce blog, de regarder d’anciennes photos, d’écouter d’anciennes chansons, bref, vous voyez, de « sombrer dans la nostalgie ». Faudrait un néologisme à la Nancy Huston, pour ça. De nostalgiser. Mauvais, ça, mauvais. Pour moi comme pour vous, parce qu’il y a de grandes chances pour que je digresse joyeusement dans cet article que je vais quand même tenter de forcer, là. C’était censé commencer comme ça.
Samedi matin bien trop tôt pour un samedi matin dans une autre vie, samedi matin à l’aube à l’ouverture de la brocante du Secours Populaire. Le même endroit depuis toutes ces années, ce squat désaffecté au bord de la rivière, la même disposition, à droite les bibelots-vaisselle-meubles « tiens il est toujours là ce buffet ils ne le vendront pas », au milieu les vêtements sur lesquels fond ma mère, qui m’appelle au bout d’un court moment, excitée : « et cette chemise de nuit, elle ne te plairait pas ? » Une vieille chemise de nuit blanche comme on voit dans les films. Non. Je me rue vers la gauche. Là le seul stand pour lequel je suis venue. Les livres. Cette sensation presque cette fierté le mot est un peu fort de savoir de connaître de foncer sur la littérature de sourire quand un auteur connu sous les doigts qui cherchent je caresse salut presque un ami que l’on retrouve besoin d’ami(e)s retrouvé(e)s s’ils sont sur des tranches de poches poussiéreux c’est déjà ça. Non tant pis-tant mieux-au choix désolée pour cette phrase je ne ponctuerai pas juste pour faire plaisir. Puis vient le choix. Tant pour tant. Le sang doré des Borgia dialogues de Françoise Sagan. Tiens, un Sagan que je ne connais pas, j’embarque, ça distrait et peut-être va-t-elle me surprendre. On me compare à elle. Faites que je vaille mieux. Littérairement parlant, bien entendu. Fils et Amants, D.H Lawrence. Depuis que je lis Anaïs Nin et que je me reconnais en ce qu’elle dit, je rêve de découvrir Lawrence. Ce sera bientôt chose faite. La secte des égoïstes, Eric-Emmanuel Schmitt. L’est à la mode, celui-ci. Peut-être est-ce la professionnelle qui le choisit. Ce faire une idée. Mémoire d’un tricheur, Sacha Guitry. J’aurais déjà dû l’avoir lu ? Peut-être. Réminiscences des cours de littérature et cinéma. Le premier accroc coûte deux cent francs, Elsa Triolet. Juste pour elle. Parlons-en, des femmes d’artistes, qu’on n’entend pas, soit disant. Rendons-leur la parole. Lisons la. Le Mur, Jean-Paul Sartre. Bon sang, je ne l’ai pas lu celui-là ? Rapide feuilletage, une fiction de Sartre que j’ai manquée. J’ajoute. La reine du silence, Marie Nimier. On dit tellement de mal d’elle. De ce qu’elle écrit. Autant juger par moi-même. Money, Jean-Loup Sulitzer. Un « classique » dans son genre. Pas du tout ce que j’affectionne. Essayons. Puis je m’approche pour payer. Et je tombe sur ce sur quoi il ne fallait pas que je tombe. La Divine Comédie en trois gros tomes noirs édition bilingue de 1964 dessins de Botticelli. Jamais lu, oui j’avoue comme on dit jamais essayé. Maintenant ils prennent une bonne part d’un rayon de ma bibliothèque en attendant qu’un jour… Quand j’aurai fini Professeurs de désespoir, quand j’aurai fini Echenoz, quand j’aurai fini L’Avortement de Richard Brautigan, quand j’aurai lu tout Proust… Et je repense à cette question à laquelle je n’ai pas su répondre, à laquelle je ne sais toujours pas répondre ; « quel livre manque-t-il à ta bibliothèque ? » s’il devait n’en manquer qu’un ; lequel ? Vous sauriez, vous ? Immédiatement, répondre. Il me manque… Tout Proust, oui. La Divine Comédie, oui, je n’y avais pas pensé. Que répondriez-vous, vous, lecteurs qui lisez, à une telle question ? Pas réussi à faire comprendre l’impossibilité d’une réponse. Accumuler les titres ou rester muette. Aucune idée. J’ai mes auteurs. J’ai lu ceux que j’aime. Pas tout, bien sûr, Dieu merci. Duras, Gide, Céline, Faulkner, Nabokov, Joyce et compagnie. On sait. Echenoz. Huston. Gary. On sait aussi. De Cervantes à Katherine Pancol ; qu’est-ce qu’il manque ? Tant… Comment n’en choisir qu’un ? J’ai négocié Dante. Eu pour rien. Et beaucoup de poussière. Certaine(s) se débarrasse(nt). J’accueille. Et au dernier moment ; une Bible. Rouge, vieille, abîmée. Une Bible à envoyer à Lille. A celle qui la lit à l’envers. Lui commencer une collection de Bibles, avec celle-là pour commencer, avec ses pages rouillées. Stop, suffit, payer, fermer les yeux sur les pléiades, oui j’ai déjà Hugo, Molière, je suis déjà passée par là. En rentrant, ouvrant la Bible, je suis tombée sur une pépite. LA PÉPITE du siècle. Une pépite pile pour moi. A peu près au milieu, Ezéchiel, peut-être ? Une lettre d’amour. 31 août 1980. Lydie. « Amour, je ne sais pas si je dois t’en vouloir ?! J’ai dit à ta femme que je ne te reverrai plus, mais je veux te revoir, je ne la crois pas, elle, toi seul pourra me convaincre… (…) Je parle (tu as dû le remarquer) au présent, car pour moi rien n’est jamais fini. Chou j’aurais tant aimé te voir avant mon départ pour Nice dans quelques heures… » Et le hasard, dans tout ça ? Le karma parce qu’il ne faudrait pas ? Et juste parce que j’achète cette Bible toute pourrite pour elle, la lettre d’amour vieille de trente ans tellement d’actualité ? Entre les pages ? Vous croyez aux signes, vous ?
PUTAIN (ou la vulgos est de retour)
Ma fille, ta vie c’est juste des signes tout le temps, partout mais là!!!!!!!
C’est de toute beauté.