ça z’alors

C’est tout de même intrigant comme deux termes issus d’une même racine peuvent avoir une divergence sémantique non négligeable. Non négligeable pour moi, en tout cas. Et comme l’idée vient de me germer dans une tête encombrée de sociologie, je l’écris vite avant qu’elle ne disparaisse. Et ici tant qu’à faire, parce que ce n’est finalement pas si facile de me tenir à mon ambition première d’un article par semaine. Je n’ai toujours pas raconté le week-end dernier, d’ailleurs. Qui est devenu le dernier dernier. C’est affolant ce que le temps… Oh mon Dieu j’ai failli flancher sur la pente trop savonnée du cliché plat. Ce n’est pas parce que je deviens pathétiquement lyrique qu’il faut trop se laisser aller. Oui, figurez-vous, je deviens lyrique. J’ai des pensées printanières. Je m’extasie sur le lilas en fleurs, les petits oiseaux, le ciel… Je sens bien que mon écriture évolue, certes, mais IL EST PASSE OU MON CYNISME BORDEL ZUT IL EST RESTE A LILLE ? (je sais, ça ne rend rien sans les accents mais j’avais envie de majuscules) Et je me mets à réfléchir sur tout. Vive le sevrage. Tenez, tout à l’heure, je me suis demandée pendant un bon moment comment se faisait-il que mon lacet, double le matin, se retrouvait simple le soir. Oui, d’accord, la déviance sémantique c’est beaucoup plus intéressant. Si si, vous allez voir. Parlons de la différence entre substantif et adjectif dérivé. Et de l’éventuelle évolution du sens, allant vers l’appauvrissement. Voici les mots en question, je cite Le Petit Robert :

Chaos : « confusion, désordre grave« .

Chaotique est en train de virer au « confus ».

Là, on s’interroge. Comment de « chaos », c’est puissant comme terme « chaos », c’est chargé, c’est lié au chaos originel, primitif, c’est presque superlatif, ce n’est pas rien, le chaos, on est passé à ce « chaotique » « confus » ? Juste « confus »? Ce n’est plus si grave, quand c’est chaotique. On demande: « c’était comment ton week-end ? » réponse: « c’était chaotique ! »… ça ne veut plus dire grand chose. Est-ce que l’adjectif, avec le temps, est devenu plus employé, de plus en plus employé, devenant presque une expression toute faite, du coup élargissant à grands coups de râteau son champs des possibles, s’employant pour tout un peu n’importe comment, et donc perdant une bonne grosse dose de chaos originel ? Parce que le Petit Robert, avant de dériver (c’est une dérive sémantique oui oui ça me rappelle les cours lointains d’histoire du lexique) vers la confusion (d’ailleurs, « confusion », c’est lié aux sentiments, ça, à l’intériorité humaine, au langage, pas aux éléments. En fait j’ai comme l’impression que les substantifs restent plus fidèles à leur sens originel.) ,  il précise bien ; « qui a l’aspect d’un chaos ». Chaos ; « entassement naturel et désordonné de blocs, de rochers ». C’est minéral, le chaos. Donc chaotique, ça doit être gris, verdâtre. C’est visuel. Tangible, presque. Puis c’est mythologique, c’est le vide avant la création. Ce n’est pas confus ! Enfin, ça ne l’était pas. ça l’est devenu parce qu’on utilise mal, à la va-vite les adjectifs. Bon, pas que les adjectifs apparemment. Mais surtout les adjectifs. En tout cas, les adjectifs d’abord. Vous me direz, pour une chambre mal rangée, on dit « c’est le chaos ». Ou alors, vous me direz aussi (je les vois venir les poètes), mais c’est symbolique, c’est une métaphore ! Ah ben non ça ne va pas, ça ne me va pas. On perd toute une grande partie de la signification du mot. Notre vocabulaire s’appauvrit. Alors que la langue française était si riche ! (vous voyez ? Je tourne au lyrisme dégoulinant) Les mots deviennent interchangeables.  Bon, je me suis un peu éloignée de mon propos, là. Je ne devrais pas me laisser emporter comme ça. Tout ce que je voulais, c’était essayer de comprendre pourquoi chaotique, aujourd’hui, renvoie à confus. Et à part mon interprétation pas très positive, je le reconnais, je ne vois pas trop. Vous savez, si vous avez des idées éclairantes, ne vous gênez pas.

Tiens, juste pour le plaisir :

confusion : 1080 : « ruine, défaite ». Du latin confusio : fondre. »Trouble qui résulte de la honte, de l’humiliation, d’un excès de pudeur ou de modestie » Je vous fais grâce de la suite, on a tous un Petit Robert.

confus : « qui est embarrassé par pudeur, par honte ».

Et le rapport avec le chaos dans tout ça ?!

J’adore les dictionnaires. Depuis que j’utilise Open Office et que je n’arrive pas à faire marcher le correcteur automatique, j’en redécouvre les joies. Les joies. Les joies ? Le plaisir. La jouissance. L’attrait. Vous voyez ? On fait n’importe quoi avec les mots ! Ah mais non je ne parle pas de l’écriture littéraire, de la poésie, là je sais bien qu’on peut, qu’on DOIT  faire n’importe quoi enfin pas n’importe quoi justement mais bon bref, avec les mots. Je parle de l’oral, ou de l’écriture commune, quotidienne, banale. Et là je tends une perche énorme aux pourfendeurs d’Internet. Mais cet argument ne me convainc toujours pas, ne vous en déplaise. Ce n’est pas que ça c’est plus que ça.

6 réflexions au sujet de « ça z’alors »

  1. peut-être que si chaotique (que j’ai toujours écrit cahotique – que je retrouve sur internet mais pas dans mon petit Larousse 2003 (eh non, on n’a pas tous un petit Robert) – et qui pour moi signifiait plus « escarpé » (on en revient au minéral) et « qui brinquebale » – AH MAIS ATTENDS, je viens de me rendre compte que j’avais créé un néologisme (et une confusion) à partir de l’idée de « cahot », bon bref,)
    peut-être que si « chaotique » est moins puissant que « chaos », c’est juste dû à une gradation, comme avec « maison » et « maisonnette » (dans l’idée, je sais bien que dans un cas on a un nom commun et un adjectif, et dans l’autre, deux noms communs).

    Enfin. Ton interrogation me fait penser à l’une des miennes: comment se fait-il que certains mots puissent exprimer une idée, et exactement l’idée contraire?
    « Débloquer » par exemple. Ca peut être aussi bien « lever les blocages pour permettre aux choses de rentrer dans l’ordre » que « sortir de l’ordre, à cause d’un dysfonctionnement ».
    Il y a un autre mot où c’est encore plus flagrant, je te ferai signe lorsque je l’aurai retrouvé.

  2. Effectivement, c’est troublant. C’est même agaçant, tellement ça soulève d’interrogations. Je vais y réfléchir. Et retrouve l’autre dans pas trop longtemps.
    Ce qui me fait penser à une autre question ; d’habitude, quand quelqu’un commente sur ce blog, il faut que j’approuve le commentaire pour qu’il soit publié. Avec toi, et ce depuis déjà un bon moment, jamais. Ils s’approuvent toujours tous seuls tes commentaires. C’est quand même curieux. Je t’en avais déjà parlé ? Mais là il y a sûrement une explication beaucoup plus claire et rationnelle que pour nos problèmes de langage.
    D’ailleurs, je ne suis pas tout à fait d’accord pour maisonnette, parce que le suffixe -ette est chargé du sens de rapetissement, comme pour fourchette, fillette… alors que dans chaotique, le -tique est juste une forme adjectivante.
    Par contre, j’aime beaucoup le rapprochement chaotique – cahotique.

  3. Tu ne m’en avais pas parlé, mais je crois que le « ils s’approuvent tout seuls tes commentaires » est assez clair: je suis la science infuse, il n’y a donc pas besoin de surveiller, puisque c’est juste! haha

  4. dis, t’attends que je retrouve le mot pour écrire un article?

  5. Oui alors voici un exemple flagrant de l’inconvénient de l’auto-validation de tes commentaires, je n’ai aucun moyen d’être prévenue de leur apparition si je ne me connecte pas. Donc je viens de lire le dernier. Cela dit ça tombe bien, je me connecte pour un nouvel article. Donc, pouf, réponse et acte.

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