ça risque d’être autant agaçant pour vous que pour moi. Et je ne vous raconte pas à quel point mon agacement est élevé. Après avoir lu Le protocole compassionnel. Hervé Guibert. Hervé Guibert j’ai essayé d’en parler aux amis à Paris mais je ne sais ni faire l’éloge ni décrire. Dans la même phrase coupler « il parle beaucoup de ses amants » et le titre d’une de ses œuvres la plus spectaculaire pour moi ; Mes parents ; forcément, ça fait rire mais c’est tout. Je ne suis pas le genre de personne qui se formalise de ne pas être prise au sérieux, Dieu merci. Cependant, à mon humble échelle je pense que Guibert mérite de l’être. Non je ne règle pas mes comptes par écrit, j’avais juste envie de parler de lui. Parce qu’il me fascine. Parce que Le Protocole compassionnel est poignant, tout comme l’avait été avant A l’ami qui ne m’a pas sauvé la vie. Guibert était beau jeune et talentueux mais il est mort jeune beau et talentueux du sida. Mais ne nous égarons pas et c’est là que ça devient agaçant. Agaçant parce que je n’arrive pas à retrouver la page. Je voulais juste le citer. Ouvrir les guillemets et recopier. Cette facilité ne me sera pas accordée ce soir. Il dit qu’il a toujours su, avant même d’écrire « pour de vrai », qu’il serait écrivain. Qu’il écrirait, et serait reconnu pour. C’est là que je hurle. Lire ces mots et sentir l’émotion submerger. Oui, c’est ça. Mais comment et pourquoi ? Jeudi 10 ou 11 juin je ne sais plus, passer la journée dans le train et rater la What’s gouine on. Rencontrer des âmes oubliées. Et se demander. Comment sait-on qu’on va devenir écrivain ? S’il suffisait de contracter le Sida, me direz-vous. S’il suffisait de sentir de savoir. Hervé ne parle pas que de ses amants. Ni de ses parents. Samedi soir la grande gay pride soirée Fières à Paris. Je ne suis toujours pas fière oui je le répète. L’année prochaine j’organise une marche à l’envers. Marchons à reculons au moins faisons passer quelque chose un symbole un message on peut faire la fête tous les autres jours.
Archives mensuelles : juin 2010
à partir du moment où on se met à croire aux signes…
La seule question du concours à laquelle je n’ai pas su répondre :
« Comment s’appelle la nouvelle bibliothèque municipale parisienne qui ouvre ses portes en juin 2010 ? »
Et la réponse était :
Marguerite Duras.
Quelque-chose là, un truc. C’est drôle, c’est ça peut-être, non pas trop je m’étrangle un peu.
Je vous jure en ce moment on essaie de me parler d’un peu loin.
C’est encore un peu obscur.
J’écarquille les pupilles. J’ai des nouvelles lunettes. Le monde qui m’entoure, de moins en moins flou.
Il reste encore tellement de choses qui m’échappent…
Je réfléchis, encore.
En parlant d’obsessions
Parlez-moi des serpents qui sifflent sur vos têtes, saturés de cyanure, au souffle sulfureux. Sempiternelles souffrances. Ces sentiments sacrés.
Ne me parlez pas d’amour, mièvreries mentholées, mensonges d’avant matin maculé de vomissures. Derrière le masque des sentiments le visage de l’amant ; un miroir, un serpent sacrilège amoureux.
Ne parlez pas en mots, stupides signifiants, mais en soupirs sourires, murmures de souvenirs.
Parlez avec les mains secouées sous-jacentes, mes mâles subconscients.
Parlez-moi des souillures, sang versé sacrifice, rictus de haine, sortilèges mortels.
Épargnez-moi l’espoir, phénix aveugle et sourd, insalubre mort-vivant.
Nouvelles du front
Aujourd’hui chers amis voici un sujet d’actualité. Oui pour une fois je ne vais pas vous bassiner avec des réflexions sur des bouquins qui ont déjà vingt ans ni avec des interrogations sur des sujets encore plus vieux que nos arrières-grands-parents. Réjouissons-nous bien que rassurons-nous ou tant pis pour nous je ne vais pas non plus parler de Gaza.
Tout d’abord petit flash-info-perso j’ai décidé de ne pas sortir ni boire pendant deux semaines ça fait déjà deux jours on y croit on croise les doigts on est fière on est belle on est lesb… euh non c’est pas ça… ça promet, oui, je sais. Heureusement qu’il n’y a pas grand monde à me supporter ici. Flash-info-perso qui découle sur une info filante en juin c’est justement l’imminence de la fierté d’un jour par ville par nos chers amis défilant dans les rues des grandes villes, sur des chars ou derrière, en scandant chantant dansant cette fierté revendicatrice que je rejette. Oui je rejette la marche des fiertés non je n’irai pas (oui, bon, c’est facile, à CrèveBatard évidemment il n’y en a pas) et ce n’est pas par agoraphobie ni homophobie. Je ne suis pas fière. Je n’ai pas honte non plus, bien entendu là n’est pas la question. La question c’est la notion de fierté. Je ne suis pas fière de quelque-chose que je n’ai pas choisi quelque-chose sur laquelle je n’ai pas de pouvoir quelque-chose qui ne dépend pas de moi. Je pense à mon petit niveau que c’est avec humilité que l’obtention d’une quelconque reconnaissance est plus avenue et avec plus de valeur.
Actualité littéraire maintenant. Et c’est là qu’on rigole (je conçois que ma notion de la rigolade est quelque-peu bringuebalante parfois) parce que mon actualité littéraire concerne… Nancy Huston ! Obsessionnelle me direz-vous certes ce n’est pas une grande nouvelle mais au moins reconnaissez que vous préférez ma période Huston à ma période Duras ! Quoique je n’ai pas tellement parlé de Duras ici… que voici une bonne idée… si j’essayais de convaincre quelques récalcitrant(e)s… Ah mais alors là on est dans l’ultra réchauffé que ça en est même tout gondolé à force de passer au micro-ondes avec cette chère Marguerite. Bon, restons dans l’actualité pour ce soir. Infrarouge, donc. Le petit dernier (mai 2010) de Nancy. Je vais faire court, parce qu’actualité rime avec manque de recul et réflexion pauvre. J’exagère un tantinet. Actualité rime avec poil au nez. En fait, je voulais juste saluer le fait rare et inestimable que pour la première fois et sans arrière-pensée les paroles de Nancy Huston ont résonné de manière parfaitement juste, claire avec mes pensées, sur exactement la même tonalité. Que je vous cite :
(page 46 oui je deviens de plus en plus rigoureuse je cite les pages en plus maintenant) :
« Dans un délire de désir retenu, je soupèse, caresse et lèche les bourses de Kamal (…) »
Ah, non, c’est pas ça.
Ce n’était pas que pour faire une blague cette petite phrase. C’est que c’est loin d’être la seule dans les quelques 300 pages d’Infrarouge. On a droit à des tas et tas de passages dans le genre, que je qualifierais bien de porn*ographiques si l’on n’était pas sur Internet et oh puis zut de toute manière tout le monde sait bien à quel point je suis prude. Pas de vulgarité bien sûr quand même on est avec Nancy Huston mais là à mon avis on est en droit de se demander si elle n’est pas tombée sur la tête et de quelle hauteur. Bref, voici maintenant les vrais passages qui ont fait écho :
« Depuis quand, se demande Réna, mon père est-il incapable de parler et de marcher en même temps ? Elle s’efforce de ne pas hâter le pas. Aucune raison, elle le sait, d’avancer à une vitesse plutôt qu’à une autre. (…) Mais ici, son impatience est existentielle, intransitive. Une réalité psychique solide et florissante, prête à s’appliquer à toute activité qui pourrait se présenter au cours de la journée. »
Cette précision, cette justesse dans les émotions qui traversent Réna dans le quotidien, le banal, le terre-à-terre, du demi-tour créneau en voiture à l’arrivée des saignements mensuels (oui carrément), c’est émouvant.
Et puis aussi, comme par hasard, des petites perles :
« Bleu n’existe pas. (…) La couleur bleue. Elle n’existe pas objectivement dans l’univers, seulement dans le cerveau de certains mammifères dont la rétine capte telle longueur d’onde émise par le soleil. (…) Peut-être que Dieu c’est pareil ? (…) Peut-être que Dieu c’est comme bleu, un truc qui dépend juste du point de vue ? »
C’est un peu tout ça, ce bouquin, du temps présent réel, prosaïque et disséqué presque chirurgicalement, des fantasmes passés ou rêvés mais largement érotiques, et quelques teintes poétiques. Surprenant. Du jamais vu chez Nancy Huston ? Oh, rassurez-vous, toujours les mêmes thèmes et le mêmes obsessions. Décidément, les artistes et leurs obsessions (oui, on est sur Internet, je me permets de m’auto-proclamer artiste voilà). D’ailleurs, j’ai fait une belle liste des obsessions durassiennes (on y revient quand même, quand je pense que vous avez cru pouvoir y échapper). Autour de la lettre D. Bien entendu. Alors en vrac comme ça comme en rosace autour de Dieu et désir : Duras, Donnadieu, détruire, dire, douleur, India Song, Dionys Mascolo, densité, domination, dévorer, disparaître, dépouillement, diriger et bien-sûr le préfixe dé- en tant que préfixe universel destructif comme dans défaire qu’on pourrait appliquer à tout qu’elle pourrait appliquer à tout. C’est amusant comme tous ces thèmes toutes ces idées ses thèmes ses idées comme une constellation autour de son nom hérité et de son nom choisi autour d’une lettre qui représente, d’un point de vue sonore, à merveille la dureté. Il y en a peut-être pour estimer que les sonorités dures-lassent. Pas de désespoir, dans l’œuvre durassienne, ça ne va pas. Pourtant, la phrase de Valéry ; « la beauté, elle est ce qui désespère », tellement parfaite pour Duras.
Voilà pour l’actualité littéraire.
Dernière information capitale ; dans deux semaines je re-bois. L’ai-je déjà dit? Oui, mais, ai-je dit où je serai dans deux semaines ? Je serai à Paris. Alors, vous savez où fêter ça vendredi 11. Et jeudi 10 c’est la What’s gouine on aux Disquaires. On est pas fière mais quand même parfois ça vaut le coup.