Une petite citation passant par là

« Aby Warburg (1866 – 1923) : Historien de l’art qui a beaucoup étudié la Renaissance italienne et le rituel du serpent chez les Hopis d’Amérique. Personnage atypique (on dit qu’il parlait aux papillons), il a également été un grand bibliothécaire. Accumuler des livres fut sa plus grande passion, et il ne cessa d’émettre des théories sur leur rangement. Parmi elles, on retrouve celle du « bon voisinage », selon laquelle le livre que l’on cherche n’est pas forcément celui que l’on veut lire. » David Foenkinos ; Nos séparations.

Je me souviens de cette phrase d’une amie : « Alice, elle préfère les livres aux gens ».

Je me souviens d’une des plus grandes frayeurs de ma vie ; un message de mon père ; « au feu », avec une photo que je n’arrivais pas à charger. Je vous laisse deviner ma première réaction : « Dieu tout puissant mes livres ! »

Après coup, j’ai appris qu’il m’avait envoyé une photo de la cheminée tout juste ramonée qui apportait de la chaleur dans la grande maison vidée de ce que mon frère et moi apportions de chaleur. Après coup j’ai réalisé que j’avais eu peur pour ma collection dans le grenier attendant que je lui trouve un lieu à moi où s’épanouir. J’ai réalisé aussi que j’avais failli dire « Dieu tout puissant, mes Duras ! ».

Dans cette période où je mène un combat fratricide contre cet amour des livres par besoin d’argent, où je porte chez Gilbert un exemplaire dédicacé de Rouler pour me payer de quoi fumer comme d’autres mettraient au clou les boucles d’oreilles en or de leur grand-mère pour un peu d’opium, je me rends compte que je peux sacrifier sur l’autel des auteurs que je déifie ce qui ne reste finalement qu’objet. Si je suis la future Duras parce que Cléo sera présidente de la république (chacun ses fantasmes), je revends Lol V. Stein pour rester un peu plus dans cette ville où j’ai tant à apprendre de ces gens que j’ai peut-être trop délaissés sous-estimés je revendrais tout Romain Gary pour quelques mois dans cette mezzanine aux poutres apparentes où j’apprendrai à aimer une nouvelle héroïne.

Je serais peut-être bibliothécaire un jour peut-être même une bonne bibliothécaire mais pour l’instant je vais sacrifier quelques passions pour d’autres, classer ce qu’il me reste comme je l’entends et gagner de quoi fumer non pas mes pauvres Pléiades mais du plus substantiel en me trouvant ce que j’appelle chichement « un job alimentaire » et tant pis pour la gloire et tant pis pour ma mère, mais je sais bien qu’au fond on s’en approche, de la Durassité.

Une réflexion au sujet de « Une petite citation passant par là »

  1. Tiens c’est marrant, je me souviens vaguement de la fin, mais alors pas du tout du début de la citation. Ah, et je viens de m’en rendre compte, mais j’adore écrire en blanc sur ta zone noire.

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