Il est à peu près midi je rentre chez moi j’émerge d’un genre de nuit que Kundera décrit crument dans L’Immortalité : « Ne pouvoir s’endormir et s’interdire de bouger : le lit matrimonial » (charmant Kundera) (il va sans dire que je ne copie ces mots que pour ce qu’ils comportent d’un peu choquant, et non parce que je les partage sans retenue) elle est sur sa lettre de motivation depuis des heures elle m’envoie la dernière version et au téléphone nous voilà parties pour quelques corrections. Elle l’envoie je sombre dans un doux coma laiteux.Une demi-heure plus tard je sursaute Magalie est fébrile au bout du fil elle a laissé une faute dans le mail. Une faute d’orthographe et une grosse répétition. Elle renvoie un mail. Sans la faute, ce coup-ci. Mais elle a oublié d’enlever la répétition. Magalie, si elle n’existait pas, faudrait l’inventer. Souvent je lui dis. Là tout ça, ça lui donne plutôt envie de pleurer. Moi non. Surtout qu’un peu plus tard, elle rappelle. Le numéro de téléphone fixe qu’elle donne dans le mail est faux. Et son portable ne marche pas. Ce boulot, si elle le décroche, c’est bien la preuve que tout est déterminé.
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Portraits
Toute première chose la plus importante et la plus surprenante je suis amoureuse d’autres en parlent mieux que je ne le ferais on pourra la voir pour de vrai l’entendre le 25 février à la Machine du Moulin rouge.
J’ai un nouveau projet de série bloguesque je vais faire des portraits. Ne commencez pas à ricaner je vais la suivre pour de bon celle-ci ce ne sera pas une série avortée ou à un seul et unique épisode comme tant d’autres.
Le frère c’est le premier c’est lui qui commence c’est si facile vu qu’il ne lit pas ce blog.
Il est à peu près midi j’émerge d’un sommeil peuplé de fantômes brûlés par les UV je mélange café guronsan et fervex, il sort de stage en maladies infectieuses, il met le boudin blanc dans la poêle et la purée dans le micro-ondes. Mon frère et moi on vit pas vraiment dans la même sphère. Et au téléphone il a de ces remarques qui font regretter les rêves enfiévrés : « Non mais attends il faut surtout pas voter Hollande, sinon ça sert à rien que j’ai fait 7 ans d’études, je pourrais aussi bien finir plombier ! » Je lui fais part de mes interrogations sentimentales il déborde de conseils d’une pertinence inégalée : « T’as qu’à lui faire une fondue de poireaux. » Mais quand lors d’une réunion d’anciens du collège on me demande « Et toi Alice, t’as un copain ? » puis « et qu’est-ce que t’attends ? » je dois reconnaître que je suis bien aise de pouvoir répondre que j’ai pas besoin de copain, j’ai mon frère. Mon frère, je l’aime. Quand une vieille tante me demande en repas de famille quand est-ce que je vais faire des petits-enfants à mes parents, je suis encore plus contente qu’il soit là, le petit, avec son futur mariage, ses futurs enfants dans sa grande maison avec une chambre pour la grande sœur, pour « qu’elle puisse grandir ». Mon frère me prend pour une gamine et on n’a pas grand chose en commun. Bien sûr je l’aime et je chanterai pour lui, comme tant ont chanté pour leurs frères (j’étais tellement obnubilée par la mère que j’ai failli passer à côté, mais les chansons d’amour au frère, ça surpasse presque les « Maman je t’aime ». Ne vous inquiétez pas, je vous épargnerai probablement le petit top 10 à mourir).
Une petite citation passant par là
« Aby Warburg (1866 – 1923) : Historien de l’art qui a beaucoup étudié la Renaissance italienne et le rituel du serpent chez les Hopis d’Amérique. Personnage atypique (on dit qu’il parlait aux papillons), il a également été un grand bibliothécaire. Accumuler des livres fut sa plus grande passion, et il ne cessa d’émettre des théories sur leur rangement. Parmi elles, on retrouve celle du « bon voisinage », selon laquelle le livre que l’on cherche n’est pas forcément celui que l’on veut lire. » David Foenkinos ; Nos séparations.
Je me souviens de cette phrase d’une amie : « Alice, elle préfère les livres aux gens ».
Je me souviens d’une des plus grandes frayeurs de ma vie ; un message de mon père ; « au feu », avec une photo que je n’arrivais pas à charger. Je vous laisse deviner ma première réaction : « Dieu tout puissant mes livres ! »
Après coup, j’ai appris qu’il m’avait envoyé une photo de la cheminée tout juste ramonée qui apportait de la chaleur dans la grande maison vidée de ce que mon frère et moi apportions de chaleur. Après coup j’ai réalisé que j’avais eu peur pour ma collection dans le grenier attendant que je lui trouve un lieu à moi où s’épanouir. J’ai réalisé aussi que j’avais failli dire « Dieu tout puissant, mes Duras ! ».
Dans cette période où je mène un combat fratricide contre cet amour des livres par besoin d’argent, où je porte chez Gilbert un exemplaire dédicacé de Rouler pour me payer de quoi fumer comme d’autres mettraient au clou les boucles d’oreilles en or de leur grand-mère pour un peu d’opium, je me rends compte que je peux sacrifier sur l’autel des auteurs que je déifie ce qui ne reste finalement qu’objet. Si je suis la future Duras parce que Cléo sera présidente de la république (chacun ses fantasmes), je revends Lol V. Stein pour rester un peu plus dans cette ville où j’ai tant à apprendre de ces gens que j’ai peut-être trop délaissés sous-estimés je revendrais tout Romain Gary pour quelques mois dans cette mezzanine aux poutres apparentes où j’apprendrai à aimer une nouvelle héroïne.
Je serais peut-être bibliothécaire un jour peut-être même une bonne bibliothécaire mais pour l’instant je vais sacrifier quelques passions pour d’autres, classer ce qu’il me reste comme je l’entends et gagner de quoi fumer non pas mes pauvres Pléiades mais du plus substantiel en me trouvant ce que j’appelle chichement « un job alimentaire » et tant pis pour la gloire et tant pis pour ma mère, mais je sais bien qu’au fond on s’en approche, de la Durassité.
Ah oui et bonne année
J’ai pensé après que ça aurait valu le coup de prendre une photo. Le lit était constellé de confettis, elle dormait encore, avec son air sérieux sous les débris de maquillage j’ai réalisé que j’avais jamais vraiment détaillé ses traits. Deux heures de sommeil la tête dans un étau j’aurais pu effacer les décombres du réveillon à la langue pour calmer l’incendie sous les faux tatouages de mon costume de scène. Y a des trucs comme ça qui me plairont et m’attireront toujours, je sais pas trop pourquoi. Les tatouages les lits défaits les contrastes le rouge le moment où elle se tourne vers moi le moment où j’ai compris qu’on allait se revoir que j’avais peut-être une chance d’y croire. 2012 a commencé avec un moment plutôt cool, quoi.
09h09 et encore un voeux
Coucou ! Joyeux Noël ! Je suis amoureuse ! Elle s’appelle Alissa Wenz. Les plus beaux textes du monde jamais entendus. Plus beaux que ceux de Brel, que ceux de Ferré, c’est pour dire. Une voix qui file des frissons. Son jeu au piano qui donne envie de pleurer. Comme quand je lis Echenoz, j’ai les larmes aux yeux tellement c’est beau, c’est parfait. Alissa Wenz, c’est pareil ; c’est parfait. Et je l’ai vue en concert. Et elle m’a signé un CD. Je la commence, ma petite collection d’autographes. Doucement, mais amoureusement.
Emmanuel Carrère a écrit Un roman russe. Je ne me rappelle pas grand-chose de ce bouquin ; des impressions, une très forte impression, même. Je me rappelle, je le lisais à Lille, dans les couloirs de la fac. J’aurais dû me rappeler à quel point il est poignant. Surtout que j’en ai lu d’autres, de Carrère, il me semble. Et c’est un auteur que j’aime beaucoup. Mais j’avais un peu oublié la puissance des émotions qu’il provoque. Résultat ; je me retrouve avec D’autres vies que la mienne sur un siège de Teoz avec des gens à côté, en face, partout. La pire idée de l’année. Je vous recopie le début de la quatrième de couverture : « A quelques mois d’intervalle, la vie m’a rendu témoin des deux événements qui me font le plus peur au monde : la mort d’un enfant pour ses parents, celle d’une jeune femme pour ses enfants et son mari. Quelqu’un m’a dit alors : tu es écrivain, pourquoi n’écris-tu pas notre histoire ? » Et Carrère a une manière très intime, réelle, douce mais ferme ; sentimentale sans geindre, de nous faire entrer là-dedans sans qu’on y prenne garde. Résultat, j’ai vite fermé le livre pour reprendre Don Quichotte, sinon c’était le déluge dans le wagon.
Quand je serai grande je veux provoquer ça moi aussi.
Pendant la sieste
Une lecture :
Beau rôle de Nicolas Fargues.
Ne vaut quelque-chose que par la dernière page.
Une rencontre :
« Je fais un master de genre.
- Ah.
- Tu vois ce que c’est ?
- Euh oui, euh enfin, un peu… Et c’est quoi ton sujet ?
- La représentation du sexe féminin dans le porno lesbien.
- … »
(Bon elle n’a pas dit ça mot pour mot je ne me rappelle plus exactement. Un truc comme ça. Avec Too much pussy d’Émilie Jouvet comme sujet d’étude. Puis elle a ajouté ; « mais il faut une bibliographie, alors il faut lire, c’est chiant ». J’ai pensé courage, fuyons.)
Une prise de conscience, et l’engagement qui a suivi :
En réunion, pour les articles de fond ou sur des sujets un peu sérieux ; on se tourne vers moi.
Certes ça flatte, mais après je me retrouve à dire :
« Mais oui bien sûr un article sur Danielle Mitterrand dans la semaine, je m’en occupe ! »
Qu’est-ce que je vais bien pouvoir raconter sur Danielle Mitterrand, moi ? Elle est morte. RIP Danielle Mitterrand. Voilà. D’ailleurs je viens juste d’apprendre ce que ça voulait vraiment dire. Comme tout le monde l’emploie pour tout nouveau décès (encore le jeu du premier arrivé, ou de celui qui par un hommage à une personne bien choisie passe pour cultivé/de bon goût/branché/original plus ou moins comme souhaité) je n’avais pas pensé au latin. Pour Danielle Mitterrand d’ailleurs aucun RIP parmi mes 420 contacts facebook. Il n’y a que Libération pour nous faire une belle couv’. Probablement pour se dédouaner du succès de celle, certes réussie, sur Steve Jobs. Qui a quant à lui agité nombre de mes amis facebookiens.
En attendant la pluie a cessé je vais pouvoir dormir un peu.
C’est chouette, le chômage.
Il est 15h15 c’est l’heure du vœu.
Je suis tombée amoureuse
et j’ai écrit une ode.
La Pluie d’été au Vieux Colombier
Pardon Duras chérie, pardon d’avoir douté de toi, d’avoir dit du mal de toi, je t’aime encore, je t’aime de nouveau, je t’aimerai toujours.
Sinon, j’ai vu un très bon film et j’en parle là. Dorénavant, je parlerai pas mal là, faudra aller voir.
J’ai réalisé que dans ma rétrospective on est quand même un peu tous passé à côté de ça :
J’entends très bien mon voisin
Il chante La Chanson de Dana sous la douche. En mode R&B.
Je devrais peut-être me calmer un peu avec Notre-Dame de Paris.
Si je suis admise à ce putain de concours
Je me fais tatouer la colombe de la paix sur l’épaule gauche.
Je fais tout ce qui est en mon pouvoir pour être embauchée au fonds historique d’une bibliothèque jeunesse. Oui, jeunesse.
Oui, fonds historique.
On change.